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Charlaine Bouchard

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La notaire techno

 
Conservatrice la profession de notaire? Que non! Sous l’impulsion de jeunes professeurs novateurs de l’Université Laval comme Charlaine Bouchard, le notariat québécois est en train de prendre un coup de jeunesse et de se moderniser à vitesse grand V!
 
Arrivée dans la profession aux débuts des années 1990, Charlaine Bouchard n’a pas mis de temps à réaliser qu’être notaire en pratique  privée, ce n’était pas du tout pour elle. À l’étroit dans un cabinet où tout lui semble trop routinier, elle comprend vite que sa place est ailleurs. « J’ai eu une pratique privée à Alma, au Lac Saint-Jean pendant cinq ans. Le notariat que j’y pratiquais était très général, trop général pour moi, alors que professionnellement, j’ai besoin d’aller au fond des choses pour aimer et me sentir dynamisée par ce que je fais », se rappelle-t-elle.
 
Multipliant les allers-retours entre Alma et l’Université Laval, où elle complète en parallèle une maîtrise en droit, Charlaine Bouchard se voit alors offrir une chance en or d’effectuer un virage providentiel dans sa carrière. Un professeur avec lequel elle avait étroitement collaboré durant son baccalauréat lui propose un poste d’auxiliaire de recherche. Le défi lui plaît.
 

Droit des affaires et commerce électronique

 
Elle quitte illico Alma et entre à Laval d’où elle ne ressortira que le temps d’aller décrocher son doctorat en droit à l’université Paris I, en France : trois années qui l’ont fortement marquée. « Ça été le grand saut, un virage à 180 degrés. J’en avais vraiment besoin, explique la chercheure. Cette expérience extraordinaire a non seulement changé ma vie, mais aussi mon regard sur la profession de notaire. »
 
De retour au pays, l’Université Laval lui ouvre toutes grandes ses portes et c’est à l’enseignement et à la recherche en droit que Charlaine Bouchard décide de consacrer ses énergies. « Depuis les débuts, le contact avec les élèves a été une grande source de motivation. J’adore cela. Ils m’alimentent, me poussent toujours à aller plus loin et forcent ma réflexion. »
 
Passionnée par le droit des entreprises, beaucoup plus que par le droit immobilier qu’on accole habituellement aux notaires, la chercheure voit avec intérêt l’arrivée d’Internet dans les relations d’affaires, où il n’existe pas encore de cadre législatif. « En très peu de temps, le commerce électronique est venu bouleverser le droit des affaires. En tant que professeure-chercheure, je me suis rapidement rendu compte qu’il fallait s’y intéresser car tout bougeait tellement vite. Les étudiants nous en parlaient, nous demandaient des cours à ce sujet et il a fallu réagir. »
 

Un cours en droit du commerce électronique à l'Université Laval

 
Avec l’aide de son collègue Marc Lacoursière, Charlaine Bouchard met sur pied ce qui allait devenir le tout premier cours de maîtrise en droit du commerce électronique à Laval : une tâche colossale. « En tant que professeurs, c’’était nouveau pour nous, on comptait très peu de précédents », se rappelle-t-elle. Sans matériel, sans livre, les deux enseignants relèvent leurs manches avec détermination et se mettent au travail.
 
« Nous avons dû nous-mêmes nous former car on ne connaissait alors que peu de choses du commerce en ligne. On a fait des recherches, il a fallu s’informer des besoins du domaine, être à l’avant-garde. À l’époque, on ne savait même pas à quoi aller ressembler les contrats électroniques, par exemple. »
 
Surpris par l’évolution galopante de la technologie et par la popularité grandissante du e-business, les deux profs ont depuis pris l’habitude de mettre les bouchées doubles pour demeurer un pas en avant. « Il faut garder en mémoire que des changements aussi rapides dans un domaine comme le droit ont quelque chose d’insécurisant, surtout pour des profs, fait-elle remarquer. Il faut demeurer à la fine pointe car on ne peut pas se permettre d’être décalés par rapport à la réalité. Les utilisateurs sont maintenant très ferrés. Mais en même temps, c’est un beau challenge car il faut sans cesse continuer de creuser le sujet, de réfléchir en profondeur, d’anticiper les besoins futurs. Tout cela me ressemble. Au fond, je suis une véritable théoricienne. »
 
Paradoxalement, cette notaire « techno » ne se qualifie pas de mordue d’Internet et des TI. Charlaine Bouchard penche davantage vers le téléphone que le courriel et ne fait pas ses achats en ligne. Passer ses soirées sur le Web, très peu pour elle. « Mais n’allez pas croire que je ne trouve pas ça pratique, bien au contraire! », s’exclame-t-elle. Oui, je préfère encore la plume au clavier, mais les TI sont là pour rester. Elles influencent notre vie et nos façons de faire les choses. En notariat, comme dans n’importe quelle profession, s’adapter est devenu essentiel. C’est à ce niveau que j’ai choisi de contribuer. »
 

Le rôle de premier plan du notaire dans le e-Business


Si elle est parvenue à marier le notariat et les TI sur les bancs d’école, c’est maintenant au sein de son ordre professionnel que Charlaine Bouchard souhaite effectuer des changements.
 
« Depuis toujours, les notaires ont toujours été considérés comme des gratteux de papiers. Pourtant, l’Ordre des notaires du Québec a fait preuve de beaucoup de leadership dans l’introduction de nouvelles technologies de l’information, fait-elle valoir. L’Ordre a par exemple créé Notarius, dont l’un des mandats a été d’informatiser les cabinets de notaires. Et maintenant, tous sont branchés, explique-t-elle. Je crois que la profession est prête à faire un autre pas en avant. »
 
Dans l’avenir, Charlaine Bouchard estime que les notaires pourraient jouer un rôle plus actif dans les questions touchant le commerce en ligne. Comment? En garantissant la sécurité des transactions. Elle s’explique : « Le notaire n’est pas qu’un conseiller juridique : c’est aussi un officier public qui a l’obligation d’être impartial. En tant qu’officier public, quand je signe un acte, cet acte devient authentique : il fait foi et ne peut être contredit. Le notaire pourrait jouer un rôle de premier plan dans le cas du commerce électronique en tant que tiers digne de confiance, ce qui pourrait contribuer à rassurer les consommateurs et finalement jouer en faveur du e-business. C’est là mon prochain programme de recherche. J’y réfléchis et bien entendu, ça me passionne! ».