lien externe

Sylvie Daniel

Envoyez-nous un courriel

L'art de se mettre sur la map

 
Dans le domaine de la géomatique où les femmes sont généralement peu représentées, la chercheure Sylvie Daniel, de l’Université Laval, a su habilement tirer son épingle du jeu en devenant l’une des rares expertes en cartographie, télédétection, traitement d’’image et réalité augmentée.
 
Professeure au Département des sciences géomatiques de l’Université Laval depuis 2004, c’est d’abord comme ingénieure pour une compagnie spécialisée dans la fabrication de sonars que Sylvie Daniel a fait ses premières armes dans le métier.
 
« Je venais tout juste de terminer mon doctorat à l’École Nationale Supérieure des Télécommunications à Brest (en France) en imagerie sous-marine quand j’ai été recrutée par une compagnie danoise localisée en Californie : une belle opportunité », d’expliquer la chercheure. Ce métier, que peu de géomaticiens peuvent se vanter de pratiquer, l’a amenée à explorer les fonds marins dans le but de les cartographier. « L’imagerie sous-marine part du même principe que la télédétection, à la différence que je travaillais à l’aide de sonars au lieu de satellites. Mais l’objectif était le même. Mon travail consistait à cartographier les fonds marins pour déterminer si le sol permettait l’enfouissement de câbles téléphoniques, par exemple. »
 
Après quelques années en sol californien, Sylvie Daniel décide de regagner sa France natale pour y travailler dans une autre branche de l’imagerie – le contrôle de la qualité des produits sur les lignes de production industrielle à l’aide de systèmes de vision numérique. Toutefois en 2004, l’Université Laval, où elle avait déjà effectué un stage d’études de six mois dans les années 1990, lui offre une chance en or : joindre les rangs des professeurs du Département des sciences géomatiques, une proposition qu’elle accepte sans hésiter. 
 
 « À cette époque, mon stage était surtout axée sur l’imagerie satellitaire, un domaine traditionnel de la télédétection et de la géomatique, explique-t-elle. C’est ce qui m’avait d’ailleurs mis le pied à l’étrier car les chercheurs canadiens, et plus spécifiquement ceux du Québec, disposaient d’une expertise reconnue mondialement dans ce domaine, ce qui est toujours le cas. Le pays a toujours eu une longueur d’avance, car il fallu rapidement trouver ici des moyens de cartographier de vastes étendues difficilement accessibles. Être passée par ici comme étudiante m’a donc ouvert beaucoup de portes. »

 

Et des portes, Sylvie Daniel a trimé fort pour s’en ouvrir elle-même à l’Université Laval, en établissant entre autres de nombreux partenariats notamment avec la Faculté des sciences de l’éducation, mais aussi en devenant membre du prestigieux Réseau de centres d’excellence GÉOIDE, du Centre de recherche en géomatique (CRG) et du Laboratoire de muséologie et d’ingénierie de la culture (LAMIC).
 
« En ayant travaillé dans l’industrie, dit-elle, l’axe que je souhaitais conserver en venant enseigner ici était d’apporter ce côté applicatif à mes travaux de recherche. J’aime faire ce travail parce que je trouve important qu’au final, ce que j’ai produit et mis en évidence serve et soit utilisé ensuite par les industries et les utilisateurs concernés. »
 

Projet GéoÉduc3D, entre mobilité, géomatique et développement durable

 
Son principal cheval de bataille depuis un an consiste en un ambitieux projet baptisé GéoÉduc3D, initiative développée en partenariat avec d’autres chercheurs du Département des sciences géomatiques et de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, et financé par le Réseau GÉOIDE. GéoÉduc3D vise à développer des jeux éducatifs en mobilité s’appuyant sur les technologies géomatiques.
 
« Il comporte un axe très important pour moi et que nous développons ici même au Département, soit la réalité augmentée géospatiale et mobile (inclure un encadré : définition de la réalité augmentée…demander à Mme Daniel). GéoÉduc3D vise essentiellement à concevoir et à mettre en œuvre un ensemble d’outils d’apprentissage innovants qui vont permettre d’enrichie – « d’augmenter » - l’expérience du joueur en renant le jeu plus immersif, interactif, réactif. »
 
Si, lorsqu’ils seront commercialisés, ces jeux auront une vocation pédagogique, ils viseront également – et surtout – à démystifier la géomatique. Sylvie Daniel ne s’en cache pas. « Bien entendu, c’est notre but. Il reste que la géomatique est très méconnue. C’est une discipline transversale, qui a des impacts sur la vie de beaucoup de gens : on n’a qu’à penser à une application comme Google Maps : beaucoup de gens l’utilisent quotidiennement mais ne font pas le lien avec la géomatique. Avec le jeu GéoÉduc3D, nous souhaitons nous donner un outil capable d’attirer la relève à la base, car ce public doit être sensibilisé très tôt. Et ça, c’était une grande motivation à la mise en place de cette initiative. »
 
Au début du mois d’avril 2009, le projet est entré dans sa phase effective de fonctionnement après une année pilote, une phase cruciale car c’est là que l’ensemble de la recherche sera bouclée. Un travail qui sera réalisé en étroite collaboration avec ses collègues Thierry Badard, Stéphane Roche (tous deux professeurs au Département des sciences géomatiques et membres de l’ITIS), Jacynthe Pouliot et Frédéric Hubert – de même que Margot Kaszap et Thomas Michael Power – tous deux professeurs à la Faculté des sciences de l’éducation et membres de l’ITIS.
 
Au cours des trois prochaines années, cette équipe d’experts va s’atteler à l’élaboration de l’ensemble des outils nécessaires à la conception de jeux éducatifs dans la lignée des objectifs de GéoÉduc3D. Une tâche non seulement colossale rendue difficile par l’évolution fulgurante des technologies.
 
« Déjà, il nous faut absorber toutes les nouvelles tendances en émergence en plus d’anticiper les technologies de demain, d’expliquer Sylvie Daniel. Dans un domaine où tout évolue à vitesse grand V, c’est tout un défi. Il nous faut d’abord trouver des plateformes sur lesquelles le jeu sera joué. Il y a un an à peine, personne n’aurait pu prédire la percée extraordinaire du iPhone dans le secteur du jeu. Pour nous, cela signifie que nous devons absolument avoir des antennes partout et être à l’affût de ce qui intéresse les jeunes. C’est à nous d’aller les rejoindre sur leur terrain. Les percées technologies nous ouvrent de nouvelles avenues tout en ajoutant un niveau de difficulté à nos recherches. »
 
Pour l’équipe de Sylvie Daniel, il n’est donc pas question de se limiter à une seule plateforme de jeu. « Nous tentons de développer une solution qui soit la plus générale possible, dit-elle. S’accrocher à une seule technologie serait une erreur. D’un point de vue technologique, il faudra anticiper les tendances du jeu à venir dans trois ans et nous assurer que ce qui sera livré sera adéquat par rapport à ce qui sera alors utilisé par notre clientèle. »
 

Modélisation 3D du campus de l'Université Laval


En parallèle, la chercheure poursuit ses recherches sur la modélisation 3D à la faveur d’un projet très innovateur. En mai dernier, avec une équipe d’experts, elle a entamé la modélisation en 3D du campus de l’Université Laval.
 
Pendant deux jours, les chercheurs ont littéralement balayé l’ensemble du campus universitaire à l’aide d’un système Lidar (i.e. Light Detection And Ranging) installé à l’arrière d’un camion. Le but : cartographier avec un très haut niveau de détail le territoire au grand complet. Pas un seul immeuble, bosquet, boisé, lampadaire, stationnement, banc, rue ou espace gazonné n’a été oublié.
L’idée derrière cette vaste opération n’a rien à voir avec l’initiative Street View de Google, assure Sylvie Daniel. Il ne s’agit pas ici de filmer l’ensemble du territoire, mais bien de le modéliser en trois dimensions. Et la nuance est importante.
 
« Les usages seront nombreux, ne serait-ce que pour procéder à la gestion des infrastructures ou de l’aménagement du campus. Nous cherchons en ce moment à obtenir des données qui représentent entièrement le territoire – aussi bien le bâtit que l’environnement – dans un niveau de détails qui soit excessivement précis. À l’inverse de Street View, nous ne cherchons pas à recueillir uniquement une image, mais bien une représentation en 3D de notre environnement. »
 
Pour l’instant, cette technologie se trouve dans les mains de professionnels qui en feront un usage plutôt restreint. Mais Sylvie Daniel estime qu’il ne faudra pas se surprendre de la voir se démocratiser et être reprise par l’ensemble des internautes. Pour elle, le phénomène de l’Open Source en géospatiale est inévitable et mieux vaut faire avec.
 
« Le phénomène participatif existe déjà dans notre domaine, explique-t-elle. On n’a qu’à penser à OpenStreetMap, qui recueille des données provenant de toutes les catégories d’utilisateurs. Je vois cela comme un outil de marketing formidable : les gens utilisent la géomatique sans le savoir. Il est certain toutefois que cela pose un problème quant à la fiabilité des données. Pour l’instant, il y a un vide à ce niveau. La communauté de chercheurs est en train de se pencher sur cette problématique : une réflexion qui prend du temps. Il faudra mettre en place les outils pour gérer la situation et ses impacts. Mais j’ai bon espoir. De toute manière, nous n’avons pas le choix. Il faut suivre le train de l’évolution technologique. »