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René Audet

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Un prof branché sur la e-Littérature

 
Webmestre, blogueur à ses heures et cofondateur de Fabula, un site Internet phare du milieu littéraire francophone, le professeur de littérature à l’Université Laval, René Audet, est un prolifique chercheur du domaine de la littérature électronique. Si cette forme littéraire ne constituait au début de sa carrière qu’un intérêt « très périphérique », elle est devenue avec le temps l’un des domaines de prédilection du chercheur.
 
Féru de littérature, René Audet fait cohabiter dans son bureau du pavillon Charles-De Koninck des bibliothèques débordant de livres en tous genres et équipement informatique branché sur les pratiques littéraires électroniques. S’il s’intéresse de près à la littérature sur Internet, il reste que son premier objet de recherche a été le recueil de nouvelles, une passion qui a pris forme durant ses études de maîtrise.
 
« Un recueil de nouvelles, c’est un livre rassemblant plusieurs textes distincts, dit-il. Il s’agit d’un agrégat un peu artificiel dans la mesure où l’auteur y a déposé des textes autonomes qui racontent des histoires différentes. Comme lecteur, cela nous interpelle: pourquoi a-t-on choisi de mettre ces textes ensemble? Quel était le projet derrière cet assemblage ? »
 
Pas surprenant alors que  son mémoire de maîtrise ait porté sur le recueil de nouvelles…mais pas seulement sur ce sujet. En fait, l’étudiant qu’il était avait à l’époque cherché à établir des parallèles entre cette forme littéraire et une autre, qui en était alors à ses premiers balbutiements : la littérature électronique, mieux connue maintenant sous la dénomination de littérature hypermédiatique.
 
« À cette époque, les technologies de l’information constituaient pour moi un intérêt périphérique, explique-t-il. Mais je trouvais qu’il y avait des similitudes entre ces deux formes littéraires, pas si différentes l’une de l’autre en fin de compte. Comme point de départ de mes recherches, j’ai voulu comparer les deux formes, étudier le parcours de lecture. Je voulais voir comment s’opérait le transfert de la matérialité du livre – le support papier – vers le support numérique. Pouvait-on transposer la particularité des œuvres littéraires sur Internet? Devait-on les adapter, leur apporter quelque chose de nouveau ou tenter de contrer la nostalgie du livre? Toutes ces questions ont forcé ma réflexion. »
 

Lit-on différemment, du livre papier au livre électronique?

 
Cette réflexion, René Audet n’a jamais cessé de la poursuivre. Même aujourd’hui, les questions d’autrefois demeurent. Cela vient du fait, croit-il, que le Web est demeuré un outil prospectif, un lieu d’expérimentation en constante mouvance. « Les auteurs en ligne explorent diverses avenues. On retrouve sur Internet des œuvres qui sont complètement éclatées, originales et on se demande : est-ce que c’est cela la littérature de demain? Je n’ai pas de réponse à cette question. Les chercheurs  se questionnent, tentent de prévoir, mais c’est impossible. À mon avis, le Web va continuer à bousculer les idées reçues et les attentes du lecteur. »
 
Toutefois, il remarque un fait fort intéressant : contrairement à ce que l’on pourrait croire, les processus de lecture sur Internet ne sont pas si différents de ceux sur support papier. Plus souvent qu’autrement, les lecteurs vont adopter des comportements similaires, qu’ils lisent une œuvre sur un site Web ou un roman en librairie.
 
« Lire un roman n’est pas un processus linéaire, comme on pourrait le croire, fait-il remarquer. Quand vous lisez un livre, vous marquez une pause pour retourner à la table des matières, revenir quelques pages en arrière, lire les notes en bas de page : avec l’hypertexte, c’est exactement le même processus qui se met en branle. Sur le Web, on lit de la même manière qu’on lirait un recueil de nouvelles : on ne lit pas les textes dans l’ordre, on se construit un parcours, on clique sur divers liens, on revient en arrière. On n'est pas si désorienté parce que ça correspond à des pratiques de lecture courantes (journaux, revues, ouvrages avec un ensemble de zones de texte : notes, table, textes liminaires). Il ne faut pas oublier en revanche qu'une culture du numérique est à acquérir, au delà de l'aptitude à ne pas se perdre dans le cyberespace. Notre capacité à utiliser les outils numériques et à recueillir l'information n'est pas innée, malgré notre impression que les jeunes d'aujourd'hui sont des digital natives. En fait, ils possèdent l'ouverture mais pas nécessairement les compétences !  »
 
Pour René Audet, le Web hypermédiatique constitue donc un vaste terrain de recherche où peu de chercheurs se sont aventurés jusqu’ici. « En parcourant Internet, dit-il, je constate qu’en ce moment, nous assistons à une sorte de course à qui offrira l’œuvre en ligne la plus éclectique. On nous propose toutes sortes de nouvelles formes  d'œuvres souvent très flyées. Cela  influence inévitablement notre façon de comprendre la littérature. »
 

Préserver l’œuvre hypermédiatique


L’intérêt du chercheur pour la littérature hypermédiatique va toutefois bien au-delà de sa réflexion sur le sujet. Il est l’un des collaborateurs du Laboratoire NT2. De ce laboratoire découle un observatoire dont les travaux sont importants pour le milieu : l’Observatoire des arts et des littératures hypermédiatiques. L’un de ses mandats est de cataloguer les œuvres littéraires en ligne ou sur support informatique, de les promouvoir et de s’assurer de leur archivage.
 
« Sur le Web, tout va souvent tellement vite : il y a un danger de perdre des œuvres, qu’elles finissent par disparaître, explique René Audet. Avec le NT2 et l’Observatoire, nous voulons répertorier ce qui se fait, établir une sorte de cartographie de la littérature sur le Web et trouver des moyens de pérenniser ces œuvres, de lutter contre l'obsolescence des plateformes informatiques. »

Mais il n’y a pas que la préservation et l’archivage des œuvres en ligne qui préoccupe René Audet. Depuis 2003, il fait partie du CRILCQ – le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises – qui s’est récemment donné la tâche de veiller à archiver de manière électronique l’ensemble des documents utilisés par les chercheurs universitaires de ce centre dans leurs travaux et projets.
 
« Très généralement, dans les centres de recherche, toute la documentation intermédiaire qui a servi à un chercheur pour ses articles, ouvrages, communications et autres se perd parce qu'elle n'est pas archivée et valorisée — alors pourtant que les programmes de subvention exigent de rendre publics les ensembles de données constitués par ces travaux. Donc, notre projet vise à mettre en place une vaste infrastructure matérielle et logicielle pour traiter ces archives, les numériser et les mettre en valeur », explique-t-il. 
 

De la e-Culture…à la e-Collaboration


C'est afin de mettre en oeuvre ce projet que René Audet vient de décrocher une importante subvention de la FCI – la Fondation canadienne pour l’innovation. Ce montant servira à mettre en place d’ici l’été 2009 le Laboratoire Ex-situ. Études littéraires et technologies, un projet visant tant la numérisation d'archives scientifiques en littérature et culture québécoises que la e-Collaboration.
 
« Depuis longtemps, je m’interroge sur la manière dont on peut s’y prendre pour faire de la recherche collaborative, mais à distance. Car, dès que l’on se spécialise dans notre domaine, on réalise que peu de gens autour de nous partagent  notre spécialité et c’est encore plus vrai en littérature souligne-t-il. Alors, il faut se tourner vers des collaborateurs extérieurs au campus ou à l’international. Avec le projet de Laboratoire, nous allons établir des zones communes de travail destinées aux chercheurs en littérature et culture québécoises, un dépôt électronique de documentation et réfléchir à des outils collaboratifs technologiques. »
 
Enfin, dans la même veine, il ne faudrait pas oublier que René Audet a été l'un des maîtres d’œuvre du site Internet probablement le plus consulté par les grands acteurs de la recherche littéraire en français dans le monde. Fabula est un outil de référence incontournable en ce qui a trait aux actualités de la recherche en littérature (colloques, nouvelles, parutions et appels d’articles) de l’ensemble de la sphère littéraire francophone.
 
Fabula, qu’il a mis en place avec un collaborateur français, Alexandre Gefen, répond clairement à un besoin de la communauté des chercheurs. « C’est rendu gigantesque. Nous avons publié plus de 10 000 nouvelles depuis l’an 2000, nous avons des antennes partout et un vaste réseau de collaborateurs. Le site publie également une revue électronique et nous avons proposé des colloques en ligne. Bref, c’est une belle réalisation et avec une fréquentation de 25 000 pages vues par jour, c’est satisfaisant de voir que le projet remplit toujours son rôle ! »