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Pierre Frémont

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Le e-Médecin est à nos portes

 
Je vous le jure, le 7 mars 2007, de mes yeux vu, j’ai rencontré un des premiers e-médecins du Québec. Non, pas une machine ! Un vrai médecin, en chaire et en os ! Et bonne nouvelle, il ne restera pas un cas d’exception encore bien longtemps. Car ces médecins de l’avenir sont maintenant entre les murs de nos facultés de médecine, en tout cas celle de l’Université Laval du moins.
 
La petite histoire de celui-ci n’a pourtant rien de bien surprenant, si ce n’est qu’elle fait autant rimer sport et médecine avec une saine appropriation des technologies de l’information (TI). Devenu médecin avec le début des années '90, Pierre Frémont maintiendra de fait sa passion pour le milieu sportif. Peut-être parce qu’il est par ailleurs détenteur d'un baccalauréat universitaire en activité physique. C’est ainsi que tout au long des six premières années d'existence de l'équipe de football du Rouge et Or, c'est lui qui sera le médecin en chef du club de l’Université Laval, soit jusqu'aux honneurs de la première Coupe Vanier, remportée en 1999. Belle expertise qui lui ouvrira ensuite les portes pour des expériences internationales de haut niveau : il sera médecin dans l'équipe canadienne aux Jeux panaméricains de 1999, ainsi qu’aux Jeux de la Francophonie de Hull-Ottawa de 2001. Et expérience suprême, il garde d’inoubliables souvenirs d’avoir renouvelé le même défi avec l’équipe olympique canadienne à l'occasion des Jeux d'Athènes de 2004, en Grèce.
 
Maintenant papa d’un troisième enfant qui n’a encore que deux ans, il avoue cependant qu’il va passer son tour pour quelques années. Mais même s’il s'est un peu éloigné des terrains de jeu de haut niveau, il reste de toute manière très intéressé à la médecine sportive. Et tout ceci a aussi un rapport direct avec le rôle qu’on s’apprête à donner aux TI dans le domaine de la médecine du sport au Canada. Toujours membre du comité des directeurs - Board of Directors - de l'Académie Canadienne de Médecine du Sport (ACMS), c’est lui qui présentera à la fin mars, dans le cadre du congrès de cette association qui se tient cette année dans la ville de Québec, du 28 ou 30 mars 2007, l’évolution d’un nouveau site Internet spécialisé actuellement en développement : InfoSportMed.
 

Les outils InfoCritique et InfoClinique

 
« J'avais l’expertise et je leur ai proposée. J'ai donc actuellement le mandat d'adapter pour l'Académie, qui supporte financièrement le projet, un moteur de recherche à partir d’InfoClinique. Ce sera, entre autres, l'occasion de travailler à la création d'une interface bilingue d’InfoClinique », d’expliquer un Pierre Frémont qui ne cache pas cette double raison de se réjouir.
 
Mais cette belle histoire d’InfoSportMed nous a fait commencer notre profil par la fin! Car il s’agit bien là d’un aboutissement. Et tant mieux, c’est à Québec fin mars prochain qu’il fera rayonner l’expertise lavalloise à l’échelle de tout le Canada. C’est cependant l’histoire de la naissance des outils InfoCritique et InfoClinique qu’il importe de détailler pour bien comprendre ce qui nourrit tant d’enthousiasme devant l’arrivée du e-médecin dans le système de santé du Québec. 

« L'idée d'intégrer via le Web toutes les informations cliniques disponibles est une idée collective des membres du groupe de recherches ÉRICTIS. Dans ce groupe, j’ai assuré le leadership du développement du concept », résume d’abord Pierre Frémont.
 
« Au début, nous avions obtenu les fonds pour développer et mettre à l'essai une preuve de concept », poursuit-il. C’était en 2004-2005. Quelques années plus tard, le site Internet d’InfoClinique est à maturité et pourrait bien devenir un des principaux outils de transformation des actuels étudiants afin d’en faire de véritables e-médecins, maîtres de toute la puissance de l’Internet, décuplant d’autant la rapidité d’accès aux connaissances et à toutes l’information pertinente en matière de santé.
 
« InfoClinique, pourrait n’être qu’un gadget. L'important, c'est le saut de qualité qu'on est en mesure de mettre derrière. Nous avons bâti un outil quantitatif d’évaluation des contenus et de l’ergonomie des sites. C'est cette valeur ajoutée que nous avons réussie à bâtir qui donne toute sa valeur à l’outil », soutient-il.
 
Ce puissant moteur de recherche comporte, entre autres, un volet EBM - Evidence Base Medecine.
 
Avant, il y avait eu InfoCritique. Un autre site web sous forme d’un cours interactif d'apprentissage des compétences transversales de lecture critique dont différentes versions furent développées pour rencontrer les intérêts d'apprenants de différentes disciplines en santé.
 

Développer des outils technologiques pour appuyer la formation des médecins


L’existence des outils de pointe que sont InfoCritique et InfoClinique demeure pourtant très méconnue. « Actuellement, on parle encore d'un usage restreint même au sein de la faculté de Laval. Mais ce n'est plus un projet pilote. Il nous reste à le diffuser », reconnaît-il.
 
Et à ce titre les choses pourraient changer très rapidement. Car depuis le 1er février 2007, Pierre Frémont relève un nouveau défi à titre de Coordonnateur de la formation à la pensée critique pour la Faculté de médecine. Une fonction nouvellement créée qu’il est le premier à occuper. Ce qui ne l’empêchera pas de demeurer pour 20-25% de son temps médecin praticien comme membre de l'Unité de médecine familiale (UMF) Laurier, ainsi que professeur enseignant en réadaptation. Mais le multitâche, ce n’est pas ce qui lui fait peur.
 
À travers cette nouvelle fonction, il sera certainement en mesure de contribuer à la diffusion des approches TI en enseignement de la médecine. Du moins minimalement à l’Université Laval. Mais il tenait aussi à nous exprimer clairement sa vision. La formation à la pensée critique relève, selon lui, de 3 éléments complémentaires:
  • la capacité de gestion de l'information de toutes sources ;
  • la capacité d’analyse critique de l'information permettant d'intégrer des connaissances pertinentes;
  • enfin, la capacité d’amener les connaissances pertinentes dans le cadre du processus décisionnel partagé avec le patient en soins de santé.
Toujours à titre de coordonnateur, le dossier pour lequel il veut se concentrer en priorité, c’est de s'assurer qu’InfoClinique demeure un très bon outil pour le clinicien, adapté à ce qu’un clinicien du Québec, particulièrement en médecine familiale, a besoin. « Il faut voir à l’optimisation des contenus de langue française, garder à jour l'information en santé publique », donne-t-il comme exemples.
 
Mais il y a plus ! Il faut savoir qu'à partir de l'été 2007, l'exigence du Collège des médecins du Québec d’imposer à tous ses membres une démonstration formelle de leur stratégie d’apprentissage continu sera en application. « Ce qui est très bon pour l’avenir d’InfoClinique », croit-il, car le Dr Frémont voit cet outil comme un excellent moyen venant en aide au clinicien dans ce nouveau contexte.
 
« Savez-vous que la majorité des médecins n’ont toujours pas de compte à rendre en matière de développement professionnel continu au Québec ? Cela va changer à partir de l’été 2007. L’idée à long terme, c’est que nos outils servent sans cesse, de la faculté jusqu’à la pratique et pour toute la carrière du médecin », prévoit-il avec son esprit visionnaire.
 
Si tous les médecins du Québec se mettent à utiliser InfoClinique, il y aura beaucoup plus de pression sur le système et, éventuellement, il faudra évidemment penser à une forme de tarification. Pierre Frémont ne le cache pas.
 
Pour l’instant, si la propriété intellectuelle des outils InfoClinique et InfoCritique restent la propriété du groupe ÉRICTIS, des ententes de bons procédés avec la Faculté de médecine de Laval permettent maintenant d'en assurer la pérennité et le développement.
 

Le défi de la sécurité de l'information dans le système de santé canadien


Alors qu'il faisait partie de la Cellule e-santé de l’ITIS, dans le cadre du processus de réalisation du BitiS 2006 en novembre dernier, Pierre Frémont avait porté à la connaissance du groupe l'existence du fameux Dépôt régional des résultats cliniques (DRRC). Un projet pilote maintenant en cours, uniquement dans la région de Québec, qui permet à tous les médecins d'avoir accès électroniquement et de manière centralisée à des résultats des examens médicaux qui sont réalisés sur le territoire pour leurs patients et ceux de leur groupe de pratique.
 
Bel exemple d’appropriation des TI au cœur même du système de santé, en support pour un meilleur service de première ligne, il s'agit ici d'un outil d'information nominale sans précédent au Québec. Alors qu’InfoClinique est, à l’opposé, une source d'information générale.
 
Le Dr. Frémont voit-il une pertinence à éventuellement inclure l’accès au DRRC directement via InfoClinique ?
 
« Je rêve de rapprocher les deux solitudes », image-t-il. « Oui, j'aimerais beaucoup qu’un outil comme l’éventuel Dossier patient électronique - qui regroupe de l'information nominale -, soit en lien logique et convivial avec un outil comme InfoClinique, qui vise d'abord l’information en support à la décision clinique. Mais il y a ici tout un défi par rapport à l’accès à de l’information sécurisée », explique-t-il sans trop entrer dans les détails.
 
Une problématique qui heureusement n’apparaît pas lorsqu’on aborde la même question, concernant ce qu’il pense du nouveau site Internet PasseportSante.net, mis au point par la Fondation Chagnon et qui vise cette fois à documenter la population en général.
 
« Oui, effectivement, InfoClinique donne entre autres accès au site PasseportSanté. Lorsqu’il y a lieu, InfoClinique, qui n'est qu'une vitrine vers les contenus de sources sélectionnées pour leur validité et leur pertinence clinique, le considère comme une très bonne référence particulièrement pour l'aspect des médecines alternatives », explique-t-il.
 
InfoClinique, InfoCritique, Dépôt régional des résultats cliniques... Outre ces acquis, bientôt nous verrons poindre aussi le fameux « Dossier santé électronique interopérable du Québec », qui sera l'aboutissement d’Infoway (Canada Health Infoway/Inforoute Santé du Canada, au Québec. Les constituantes de base de l’environnement de formation et de travail du futur e-médecin se mettent en place.
 
Nous voilà bien loin d’un Club de lecture qui avait été mis en place en 1997 par quelques visionnaires de l’Université Laval ! En 2003-2004 naissait dans cette même foulée le premier projet InfoClinique. Et là, oui, le e-médecin est à nos portes ! En tout cas : « Au minimum, il est en train de rentrer à la Faculté de médecine de l’Université Laval », comme le dit si bien un de ses valeureux architectes, qui ne peut évidemment plus se passer de son ordinateur portable, autant en classe qu’en pratique comme médecin de famille.
 
Et comme il a « contaminé » aux TI la majorité de la douzaine de médecins de l’UMF Laurier (fraîchement installée au 4e étage de l’Édifice Delta, coin boulevard Laurier et route de l’Église, à Québec) où il pratique encore la médecine, ne soyez pas trop surpris, que lors d’une consultation, un médecin vous écoute d’une oreille tout en pitonnant aussi d’une main pour subtilement vous permettre de sortir de son bureau avec en plus un petit document de quelques pages, facilement et rapidement trouvé sur Internet et imprimé juste pour vous dans son bureau, vous aidant à mieux comprendre le bobo qui était la raison de votre visite. Car le mariage TI et médecin, c’est aussi ça : un plus immédiat aussi pour le patient!