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Maïté Moreno

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Les TIC font aussi de la musique

 
« Parmi les forces de la Faculté de musique de l’Université Laval il y a l'éducation musicale et la didactique instrumentale... » Et bientôt l’usage des technologies de l’information dans l’apprentissage de la musique, aimerait sans doute ajouter la professeure Maria Teresa Moreno Sala !
 
Si sa passion l’a conduite à faire une carrière en enseignement de la musique, c’est la musique qui l’a conduite aux TI. « J’ai dû m'adapter aux technologies de l'information en arrivant ici », nous confie-t-elle. Un élément qu'elle ne regrette sûrement pas : « Les TI, c'est la seule solution pour permettre à l’étudiant d'évoluer à son propre rythme », prône-t-elle maintenant.
 
C’est que depuis son arrivée à l'Université Laval, elle se fait aussi un devoir de poursuivre l'oeuvre de son prédécesseur, le professeur Gilles Simard, qui avait commencé à produire des logiciels développés pour la formation auditive. « Avec Vincent Brauer(1), un chargé de cours qui collabore étroitement avec moi - entre autres pour les aspects de programmation et de développement de l'élaboration des logiciels - nous avons déjà obtenu plusieurs  subventions pour continuer à bâtir cette collection d’outils d’apprentissage. » Jusqu’à maintenant, une demi-douzaine de logiciels a ainsi été réalisée et, dans certains cas, traduits en espagnol ! « Je fais la traduction naturellement, sans plus, et j’ai l’intention de les offrir à des collègues, notamment en Colombie et en Argentine », nous précise-t-elle, manifestement acquise aux nouvelles technologies. 
 
Du côté des étudiants, la valeur ajoutée des TI ne colle cependant pas aussi facilement à l’environnement d’apprentissage : « Je suis surprise de constater que les étudiants ne sont pas aussi débrouillards avec l'informatique qu'on pourrait le penser... C'est nous qui les encourageons ! »
 
Nous, parce qu’elle n’est pas la seule à louer les TI et à développer une expertise en la matière, citant les noms de ses collègues professeurs à la Faculté de musique, notamment pour les cours à distance, Marie-Michèle Boulet, mais aussi Gabriel Hamel, Serge Lacasse, Valérie Peters et Ursula Stuber. Ce qui est heureux puisque beaucoup reste à faire en la matière.
 
« Non, les technologies de l'information ne sont pas assez exploitées pour l’enseignement de la musique, croit-elle, probablement parce que le coût des équipements et les problèmes techniques sont encore importants. »
 

Du matériel pédagogique en solfège adapté aux jeunes d'aujourd'hui

 
Et à ce titre, elle pouvait elle-même être très précise, vivant quotidiennement ce qui est à la fois un problème technique et juridique, avec son projet de constituer une base de données réalisée avec de vrais extraits musicaux « pour avoir des exercices utilisant de la vraie musique d’aujourd’hui », nous explique-t-elle. Mais voilà que surgit le problème des droits d’auteurs!
 
« Dans le domaine du livre, les universités ont des ententes permettant la reproduction pour fins éducatives, mais il n’y a rien de comparable avec la musique », expose la professeure qui ne voudrait utiliser que 30 ou 60 secondes d’une pièce originale. Est-ce que la SOCAN (Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique / Society of Composers, Authors and Music Publishers of Canada) serait prête à faire son bout de chemin, ici ? Il faudra voir... Maïté Moreno compte bien leur poser la question très prochainement !
 
Avec comme champ de recherche la psychologie de la musique appliquée à la formation auditive, elle est d’ailleurs bien placée pour savoir l’importance de disposer d’un matériel pédagogie approprié. Surtout qu’aujourd’hui « (...) les étudiants arrivent à la faculté de moins en moins formée dans les matières théoriques. Malheureusement, je constate que leur formation auditive est carencée, car ils ont débuté de plus en plus sur le tard. Il nous faut donc compléter davantage leur éducation fondamentale », s’attriste-t-elle.
 
S’il ne faut pas se surprendre que le jeune féru de musique qui arrive maintenant à l’université ne soit pas très technos, ayant préféré jouer de la musique, plutôt que jouer à des jeux vidéos dans son enfance, la surprise est moins plaisante lorsqu’on se fait dire qu’il est donc de plus en plus rare de voir arriver des jeunes qui ont la musique à l’oreille, depuis l’âge de cinq ou six ans, comme c’était souvent le cas auparavant. Résultat : il faut réformer leur audition... ce qui implique que les professeurs ont besoin de matériel pédagogie approprié.
 
Mais pour leur offrir de la musique de tous les jours, madame Moreno a bien hâte de solutionner cette affaire de droits d’auteur! Et puisque l’on parle de TI, elle en profite aussi pour expliquer comment la technologie intranet utilisée à l’Université Laval ne répond pas à ses besoins d’enseignement: « Pour la formation à distance, avec Web CT, nous ne sommes pas capable de loger tous nos contenus et d'opérer avec une base de données, ainsi que de faire fonctionner le tout dans toutes les plateformes en usage ».
 
Bref, c’est dans ce monde de l'enseignement de la musique que la professeure d'origine espagnole est arrivée, il y a maintenant deux ans. Mais elle ne nous a pas encore tout dit...

 
Le parcours de Maïté Moreno, des études universitaires à la recherche


« Depuis mon arrivée à Québec, je rêve de démarrer un centre de recherche en pédagogie et éducation musicales tourné vers les régions éloignées (...) L'Université Laval ne peut pas compétitionner, ni avec l'Université de Montréal, ni avec l'Université McGill (...) Ici, à Québec, nous sommes déjà plus en région. Alors pourquoi ne pas se servir de cet avantage... », pose-t-elle comme point de départ, en ajoutant que son concept est inspiré de ces observations en Finlande et à Terre-Neuve.
 
Avec pour champ de spécialité en recherche universitaire la formation auditive, dit plus techniquement : l’apprentissage du solfège, elle perçoit évidemment tout le potentiel des technologies de l’information, afin d’abolir autant les frontières géographiques que les frontières du temps, dans le partage de sa passion, la musique. C’est d’ailleurs pour parfaire sa connaissance en la matière qu’elle quitta son Espagne natale, en 1991, pour d’abord venir faire une maîtrise en éducation de la musique, à l’Université Laval, cheminement qu’elle poursuivra ensuite avec un  Ph. D en éducation de la musique, mais cette fois de l’Université McGill, à Montréal. Elle enseignera ensuite un an comme professeur à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), juste avant de venir s’établir à Québec, pour l’automne 2003, bien heureuse d’avoir gagné un concours d’engagement pour combler un poste de professeur régulier qui était devenu vacant.
 
Évidemment, on ne lance pas un nouveau centre de recherche en criant ciseau. Elle raconte avoir voulu présenter une demande au Fonds canadien de l’innovation, mais ses collègues lui ont donné l’heure juste en lui expliquant qu’il valait mieux de se bâtir un bon curriculum de recherche avant d’espérer voir arriver les subventions de ce genre !
 
Lorsque nous l'avons rencontré, elle venait donc de terminer l'organisation et la tenue à l’Université Laval d'un colloque international spécialisé, le Jfrem 2006, soit la 7e Journées francophones de recherche en éducation musicale. Présidente et modératrice de la table ronde sur le thème : "L’interdisciplinarité et la recherche en éducation musicale", Teresa Moreno se retrouvait alors avec ses collègues Mariette Théberge, de l’Université d’Ottawa, Ursula Stuber, Nathalie Leclerc, de l’Université Laval et Madeleine Zulauf, de Suisse.
 
Gardant en tête son rêve de centre de recherche, elle écoute les bons conseils, qui sont de la musique à ses oreilles! Et guette les opportunités, comme le passage récent d’une professeure de Barcelone, qui était venue faire une année sabbatique à Québec. Un séjour qui aura fait naître un petit projet de recherche sur la réforme de l'éducation.