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Louis Babineau

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Équipes virtuelles, résultats réels

 
Grâce à l’avancement technologique, il est aujourd’hui facile de bâtir des équipes de travail virtuelles. Mais le fait de travailler dans un univers collaboratif nous rend-il automatiquement plus performant? C’est l’un des sujets qui préoccupe le professeur Louis Babineau, de la Faculté des sciences de l’administration à l’Université Laval.
 
La mise en place des univers collaboratifs a commencé à intéresser Louis Babineau bien avant qu’il ne joigne les rangs de l’Université Laval au début des années 2000. Son intérêt pour la question remonte à l’époque où il était coopérant international, un boulot auquel il a consacré près de 20 ans de sa vie et qui l’a mené à œuvrer dans les pays en voie de développement aux quatre coins du globe.
 
En Afrique et en Amérique du Sud notamment, Louis Babineau a coordonné plusieurs projets de développement tels que la mise en place de coopératives d’épargne de crédits. Des expériences qui l’ont mené à dresser un constat de taille à savoir que l’aide apportée par le Canada aux pays en voie de développement est mitigée en raison, notamment, des coûts élevés de la livraison de l’aide.
 
« On constate rapidement à quel point les coûts de transfert de l’expertise sont élevés : faire vivre des expatriés à l’étranger coûte très cher au Canada. Sur cette base, je me suis alors demandé dans quelle mesure les technologies de l’information pourraient nous aider à réduire les coûts d’opération tout en améliorant l’efficacité de l’aide apportée par les experts canadiens. »
 
C’est alors qu’il commence à se questionner sur la pertinence  d’établir des ponts virtuels au sein des projets d’aide au développement. « En utilisant des univers collaboratifs, je me suis dit qu'il deviendrait peut-être plus facile et moins coûteux d’échanger et de transférer de l’expertise à partir du Canada », explique le chercheur à l’ITIS.
 
Malgré les nombreux défis que pose une telle approche, des équipes virtuelles de travail ont vu le jour un peu partout à travers le monde, mais d’abord et surtout dans les pays industrialisés. Bien que la réponse des participants ait été favorable, l’appropriation de ces univers soulève de nombreuses questions sur leurs impacts, en particulier sur la dynamique de groupe. « L’exploration et l’analyse des équipes virtuelles permet de dire qu’effectivement, les technologies peuvent aider à réduire les coûts. Toutefois, une question fondamentale demeure quant à savoir quel est leur apport relatif au niveau de la performance et de la dynamique de groupe», de préciser Louis Babineau.
 
À la lumière des premières recherches effectuées, poursuit-il, on constate que les enjeux entourant les univers collaboratifs vont en effet bien au-delà des défis d’ordre technologiques et que l’un des défis les plus importants se situe au niveau des relations humaines. Il ne suffit plus de déterminer quelle technologie offrira le meilleur rendement, faut-il encore s’assurer que la plateforme virtuelle rende ses utilisateurs plus efficaces et plus performants. « Aucune recherche n’avait pas encore permis d’étudier de nombreuses variables très importantes : la confiance mutuelle, le plaisir de travailler ensemble et l’envie de revivre l’expérience, notamment. »
 

Analyser les univers collaboratifs virtuels

 
En 2002, Louis Babineau décide de creuser la question et entreprend alors un doctorat sur le sujet. Ses travaux s’orientent vers l’observation et l’analyse du comportement des usagers des univers collaboratifs, de même que sur les facteurs qui influencent la performance des équipes virtuelles. « J’ai voulu analyser l’impact de l’appropriation psychologique des technologies sur l’efficacité des équipes à durée déterminée, d’expliquer le chercheur. Mon étude portait sur le lien qui peut exister entre les différentes formes d’appropriation d’une technologie, son impact sur le fonctionnement interne d’une équipe, sur son rendement, sa cohésion et l’esprit d’équipe qui s’était ou non installé parmi les coéquipiers. »
 
Comme il était très difficile d’observer le travail d’équipes dispersées aux quatre coins du globe, le chercheur a plutôt choisi d’étudier un modèle de bureau virtuelsutilisé sur des groupes d’étudiants de l’Université Laval. Il précise qu’il ne s’agissait donc pas d’une situation d’expérience, « mais bien d’une situation d’analyse de recherche en milieu réel sur des enjeux réels avec des équipes réelles. »
 
« La première observation qui se dégage est à l’effet que plus on utilise les bureaux virtuels de travail, meilleure est la performance. D’ailleurs, de préciser Louis Babineau, les résultats ont été corrélés avec l’usage : il s’agit de données observées de façon externe. Deuxième constat : plus l’appropriation de la technologie est élevée, plus ses usagés ont déclaré être satisfaits lors de l’usage. »
 
Autre résultat intéressant, un objet virtuel peut devenir une cible de propriété psychologique par celui qui en fait usage. «  En d’autres mots, cela signifie que l’on peut faire un transfert émotif sur un bureau virtuel. Cela devient encore plus vrai lorsque ce sont les usagers eux-mêmes qui ont conceptualisé leur bureau : ils en viennent à développer un sentiment de possession très grand. L’objet, même s’il est virtuel, est investi d’une charge émotive. Ce n’est pas un phénomène nouveau en psychologie, mais appliqué aux technologies, il l’est tout à fait. »
 
Dans l’avenir, Louis Babineau veut continuer d’approfondir ses recherches sur l’impact des technologies de l’information sur les bureaux virtuels de travail et le phénomène de propriété psychologique : une avenue encore peu explorée des chercheurs.
 
« Auparavant, explique-t-il, on travaillait sur d’autres variables. En développement organisationnel, la problématique de l’appropriation psychologique est étudiée depuis le début des années 1990. Alors qu’en technologies de l’information, les premiers travaux ont débuté vers 2004-2005 et les premières publications ont vu le jour vers 2007. Je trouve fascinante cette nouvelle cible d’analyse. En tant que chercheur, mes préoccupations vont continuer d’aller dans ce sens : quelles sont les conditions d’appropriation, notamment psychologique, des technologies : quel en est l’impact sur le travail et la performance; dans un contexte d’aide au développement, cette approche peut-elle être porteuse de meilleurs résultats? Enfin, au niveau des organisations, comment créer des environnements d’appropriation plus favorable? »