lien externe

Hager Khechine

Envoyez-nous un courriel

L'observatrice de la e-Société

 
S’il est incontestable que les technologies de l’information bouleversent nos manières de faire, c’est encore plus vrai dans des domaines qui touchent la population toute entière comme la santé et l’éducation. Mais dans les salles de classe, tout comme dans les cabinets de médecins, qu’en est-il des utilisateurs? Comment les TI influencent-ils leurs choix, leurs décisions? La  professeure et chercheure au Département de SIO – systèmes d’information organisationnelle - de l’Université Laval, Hager Khechine, se passionne pour la question depuis le tout début de sa carrière.
 
« Depuis que j’ai commencé à faire de la recherche, j’ai toujours clairement eu deux champs d’intérêt : la e santé et le e learning, de dire la chercheure. Le premier s’est imposé sous l’influence de mon directeur de maîtrise et cela m’a passionné à un point tel que j’ai continué dans cette veine. Le second, le e learning, est arrivé tout naturellement, lorsque j’ai commencé à enseigner à l’Université Laval. D’abord avec l’enseignement à distance, un concept que je trouve génial et tout à fait approprié à notre vie actuelle et, plus près de nous, avec la balado (podcasting), un outil qui promet des développements et des avancées importantes en pédagogie moderne. »
 
Mais dans le e learning et la e santé, ce qui branche véritablement Hager Khechine est l’utilisateur. C’est sous sa loupe, de son point de vue à lui, qu’elle se plaît à évaluer les technologies de l’information. « En fait, j’évalue constamment les deux côtés de la médaille, explique-t-elle. Cependant, il est vrai que j’ai un penchant plus prononcé vers l’utilisateur. C’est ce qui me plaît dans le S de l’ITIS : voir comment les TI vont influencer la société et plus précisément la personne qui reçoit les services en e santé et en e learning. »
 
Ses premiers travaux de recherche sur la question on débuté lors de son MBA en gestion des technologies. « Mon mémoire portait sur l’information en santé, se rappelle-t-elle. J’aimais bien ce domaine qui m’avait été proposé par mon directeur. Toutefois, je ne voulais pas trop m’embarquer dans le volet de la modélisation des systèmes de santé mais je savais d’ores et déjà que je souhaitais couvrir le lien entre santé et TI, voir comment cela était utilisé par le patient. Il y a beaucoup à chercher dans ce domaine : les points de vue, tout comme les écoles de pensées, sont nombreux. On peut examiner la question depuis l’œil du gestionnaire ou, au contraire, mettre les lunettes de l’utilisateur. C’est ce que j’ai fait. »
 

Comment est utilisé le Web en santé?

 
Internaute active, elle se met alors à répertorier et consulter activement  divers sites voués à la santé de même que des forums de discussion. Un fait l’étonne. « J’ai vite compris qu’il fallait faire très attention avec ce genre d’outils TI. On y trouve de tout : du bon comme du mauvais. Et bien souvent, les informations que recèle ce genre de sites a de quoi nourrir la frayeur des hypocondriaques! ».
 
« Dans le cadre de mon doctorat, poursuit-elle, j’ai décidé de répondre à mes propres interrogations et je me suis mise dans la peau de l’utilisateur. J’avais une tonne de questions en tête et il me fallait trouver des réponses car l’usage du Web en santé connaissait déjà une popularité grandissante. Conséquemment, les patients arrivaient de plus en plus renseignés devant leur médecin. Il m’apparaissait important de documenter le sujet. »
 
La chercheure se lance donc dans la réalisation d’une recherche quantitative pour étudier le lien entre l’utilisation d’Internet (les sites Web en santé) et la consommation des ressources médicales. « J’ai notamment cherché à savoir si un patient qui s’informe sur Internet va consulter plus souvent ou moins souvent son médecin. Si oui, a-t-il tendance à passer plus de temps avec lui? Devient-il plus ou moins exigeant et lui demande-t-il de faire des examens complémentaires, des scanners, des radiographies?  Est-il hospitalisé plus fréquemment? Globalement, les utilisateurs d’Internet en santé s’affolent-ils plus vite que ceux qui n’interrogent pas le Web? Où est-ce le contraire : va t on se contenter de ce qu’on lit sur Internet et se dire : j’ai lu ce diagnostic en ligne et ça me va? ».
 
Sur l’échantillon de personnes sondées, le résultat est clair : oui, ceux qui consultent Internet développent une plus grande propension à aller chez le docteur. Reste maintenant à expliquer pourquoi. Ce à quoi Hager Khechine n’a pas encore de réponse. Toutefois, le résultat de sa recherche suscite chez elle d’autres questions.
 
« Il est maintenant possible de prouver que le Web influence véritablement les services de santé au Québec. Doit-on comprendre que ce type de sites provoque une perte de confiance de la population? Je n’irais pas jusque là. Mais il est clair que l’information retrouvée sur certains sites pousse des gens à consulter davantage, ce qui contribue à l’engorgement des urgences et des cabinets. Maintenant, les ministères de la santé doivent-ils prendre les choses en main et s’assurer de la qualité de l’information en ligne? Difficile à dire. Mais il est sûr qu’Internet est un outil d’aide à la décision à double tranchant. »
 

Utiliser la baladodiffusion dans l'enseignement universitaire


Dans le milieu de l’enseignement universitaire, il est chose commune que de voir des professeurs s’intéresser de très près à l’enseignement à distance. C’est le cas de Hager Khechine. « J’adore ce type d’enseignement qui me donne une grande liberté d’action, dit-elle. Et puis cela répond aux impératifs de la vie moderne : bon nombre de mes étudiants préfèrent suivre les cours en ligne. Ça leur facilite grandement la vie. »
 
Mais il y a plus. La chercheure figure au nombre de ceux qui, à l’Université Laval, se passionnent pour la balado, aussi appelée podcasting : un domaine où la recherche en est encore à ses débuts. Avec ses collègues de l’Université Laval, Daniel Pascot (Département SIO) et Francine Lacaille (à vérifier), Hager Khechine a là aussi tenté de comprendre comment l’outil influençait l’apprentissage chez l’utilisateur.
 
« Nous avons d’abord réalisé une étude quantitative pour déterminer si le fait que les étudiant écoutent ou non les enregistrements audio influençait leur satisfaction du cours, leurs notes, leurs résultats scolaires, leur performance dans le cours, leur niveau d’anxiété, etc. En parallèle, nous avons également réalisé une étude qualitative : les étudiants ont répondu à un questionnaire pour savoir comment ils utilisent le podcast, quand, où, les avantages qu’ils en retirent et les inconvénients qu’ils en perçoivent. Ce n’est pas un dossier encore très documenté. On ne trouve pas encore de théorie sur le sujet. Nous nous sommes donc inspirés des théories de l’apprentissage en ligne », mentionne-t-elle.
 
En parallèle, Hager Khechine planche sur un autre projet touchant lui aussi à la balado. En partenariat avec Jean Fillion, professeur à l’Université de Moncton, elle prévoit entreprendre sous peu une collecte de données portant sur l’utilisation des TI dans l’enseignement.
 
« Nous allons tenter de prendre un même cours qui se donne en ligne et en classe et comparer les deux groupes : les étudiants apprennent-ils au même rythme, obtiennent-ils des résultats comparables, ressentent-ils le même degré de satisfaction? Encore là, nous allons nous mettre du côté des utilisateurs du e learning, nous placer du côté de leur point de vue. Je continue de trouver fascinant de comprendre comment les gens se comportent face aux technologies de l’information. »