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Sehl Mellouli

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Du e-Gouvernement à l'intelligence artificielle!

 
Pourrions-nous un jour avoir un e-gouvernement plus efficace grâce à l'intelligence artificielle ? Défi certes intéressant ! Mais pour l'instant, notre chercheur s’intéresse à ces défis séparément, car Sehl Mellouli consacre effectivement ses travaux de recherche actuels au gouvernement en ligne (e-gouvernement) d’une part, ainsi qu'aux systèmes d'information intelligents (l’intelligence artificielle) d’autre part.
 
Deux axes de recherche universitaire qui pour l'instant non pas l’air de pouvoir se croiser. Bien que nous ne lui ayons pas exposé l’affaire, il y aurait certainement un petit côté explosif à s’intéresser au potentiel du concept - plutôt orwellien - de ''l’intelligence artificielle du e-gouvernement''. Mais nous n’en sommes pas là... et peut-être tant mieux !
 
Alors revenons sans plus tarder à notre jeune chercheur, professeur adjoint au Département des systèmes d'information organisationnels (SIO) de la Faculté des sciences de l'administration de l’Université Laval depuis 2004.
 
Débutons avec ses activités de recherche sur le gouvernement en ligne.

« Ce qui m'intéresse, c'est le passage de l’information en silo, à l'information en grappe. C'est comment utiliser les technologies de l'information pour que les ministères gouvernementaux en profitent collectivement, horizontalement d’une certaine manière ; pour que les citoyens soient mieux servis et que les ministères ne fassent plus les choses en double ou en triple parce qu’ils le font chacun de leur côté», nous explique-t-il.
 

Quel standards pour le partage des processus d'affaire gouvernementaux?

 
Concrètement, ce sujet prend actuellement la forme de deux projets de recherche impliquant son expertise : « Conjointement avec l'École polytechnique et l'École de technologie supérieure (ÉTS) de l'Université de Montréal, nous cherchons à établir les standards à utiliser pour permettre aux organismes gouvernementaux de se partager des processus d’affaire. Le gouvernement du Québec a choisi d'utiliser la norme UMM, pour UN/CEFACT Modeling Methodology (méthodologie de modélisation proposée par un comité d'experts des Nations unies). C'est une norme internationale qui existe depuis le début des années 2000 et qui est d’ailleurs déjà utilisée par le gouvernement fédéral canadien. Notre mission ici est de convaincre le gouvernement du Québec que c'est un bon choix. On doit ainsi leur bâtir un argumentaire pour convaincre les sceptiques à l’intérieur de la machine gouvernementale », nous explique dans un premier temps Sehl Mellouli.
 
Dans ce premier cas, sa part du projet consiste à voir comment appliquer les concepts du modèle UMM à l’architecture d'entreprise gouvernementale. Pour l'instant, ce projet de recherche-action implique uniquement le ministère des Services gouvernementaux du Québec (MSG). Débuté en novembre dernier, il se terminera normalement en juin 2007. À Québec, quatre étudiants gradués inscrits à l’Université Laval assistent le professeur Mellouli dans ce vaste projet de recherche interuniversitaire. Mais ce n’est pas tout...
 
Également sur le mode de la recherche-action, le projet Laboratoire UMM est un projet-pilote impliquant cette fois uniquement le chercheur de l'Université Laval, qui se fait assister par deux étudiants gradués. Il a débuté début décembre 2006 et s'échelonnera au moins durant toute l'année 2007. « Dans ce cas-ci, le défi est : comment intégrer les normes UMM dans un outil standard et ouvert (lire logiciel libre) en organisant la mise en œuvre des processus gouvernementaux selon deux aspects, soit la sécurité et la gestion des documents ?
 
(Saviez-vous qu’actuellement environ 80% du temps d’un spécialiste en modélisation est consacré à la rédaction de documents parce qu’il n’y a pas d’automatisation ? Qu’il faut toujours saisir de nouveau l’information, d’un document à un autre, parce que ceux-ci ne se ''parlent'' pas entre eux ? L’objectif est d’inverser les choses pour que seulement 20% du temps d'un modélisateur soit mobilisé à la rédaction et pour qu'il offre le 4/5 de son expertise à la véritable tâche de modélisation (entendue comme étant la description de l'enchaînement des processus d'affaire).
 
Dans ce cas-ci, il s'agit d'un projet véritablement innovateur, car il s'agirait du premier cas du genre en logiciel libre au monde. Je sais que notre approche est déjà disponible grâce à au moins un logiciel propriétaire actuellement disponible sur le marché, mais nous pensons qu’il n’en existe pas en logiciel libre », avance avec un brin manifeste de fierté Sehl Mellouli.
 
Le logiciel libre ! Notre expert est donc un friand du logiciel libre. « Effectivement, et cela depuis mon arrivée à l'Université Laval comme professeur. C'est mon collègue de la faculté, Daniel Pascot, qui m'a converti au logiciel libre. Maintenant, je n'utilise d'ailleurs que des logiciels libres, tels Fire Fox, Tunderbird, TEXNIC Center, Open Office et N-VU. » 

Simuler le marché boursier pour en prédire les tendances


Mais nous n'avons pas encore dit un mot sur le projet de recherche dont il est le plus fier, son bébé à lui, une initiative de son cru démarrée à partir de ses propres ressources de recherche à l’Université Laval et aussi grâce à une participation du CRSNG : son projet de Développement d’un marché boursier virtuel dans le but de prédire les tendances du marché.
 
Nous voilà maintenant dans le monde de l'intelligence artificielle (IA).
 
« Ici, je veux exploiter les techniques de systèmes multi agents. J’ai eu l'idée de démarrer un tel projet de recherche lorsque j'ai visité la Salle des marchés, toute neuve, de la Faculté des sciences de l’administration (FSA), à mon arrivée comme professeur ici en 2004. L'idée a surgie soudainement. Je voyais que tout était là. Je me disais, comment pourrions-nous arriver à simuler le marché boursier ? Pourrait-on avoir un ''analyste automatique'' qui, par simulation, pourrait appuyer la prise de décision ? »
 
« Les outils utilisés actuellement en IA considèrent habituellement que le comportement de deux intervenants, voire trois au maximum. Ce qui n'est pas conforme à la réalité, de toute évidence. Dans mon projet, nous considérons l'ensemble des intervenants dans la prise de décision réelle. C'est-à-dire jusqu’à neuf personnes, selon notre compréhension du milieu boursier. Mon but est donc le développement de techniques d'intelligence artificielle ici appliquées au monde boursier », développe le chercheur qui ne cache pas son enthousiasme.
 
Avec un tel défi, Sehl Mellouli n'a pas voulu rester solitaire : « Je travaille ici avec mon collègue de la FSA le professeur Denis Moffet, à titre de consultant, ainsi qu'avec un nouveau chargé de cours (ancien professeur à Dubai et au Japon) Faouzi Bouslama, auxquels s'ajoutent deux professeurs en Tunisie, Rim Faiz et Zied El ouedi, dans un cas pour l’apport de son expertise en extraction automatique d'information à partir de texte et en algorithme de prise de décision basée sur la théorie des fonctions de croyances, dans l’autre cas. Déjà, notre plate-forme technologique est en place. Nous sommes rendus à l’étape d'implanter les algorithmes décisionnels », explique-t-il encore, en ajoutant que quatre étudiants gradués l’assistent également dans ce projet qu'il voit relativement à long terme. « Nous en avons certainement pour encore cinq ou six ans (...) Et j'aimerais éventuellement y impliquer des partenaires privés », prend-t-il soin d’ajouter.
 
But ultime de ce projet: simuler n'importe quel processus de négociation.
 
« Actuellement, le principal défi en IA, c'est comment transposer le comportement humain sous la forme d'un concept d’intelligence artificielle. Par exemple la tricherie, la réputation, qu'est-ce qu'une rumeur... »
 

Comment l'intelligence artificielle peut-elle simuler le processus de décision?

 
Nous l’avons compris, son intérêt à lui en matière d’IA, c'est de comprendre comment on peut simuler le comportement humain en société, particulièrement les aspects de perception et les processus décisionnels. « En ce sens, je collabore aussi avec un chercheur d'une université de Haute-Savoie, en France, sur la question de savoir comment représenter l’autonomie », ajoute encore le chercheur.
 
Mais il insiste sur une chose, le mot clé dans tout cela c’est les systèmes multi agents, un concept assez récent en informatique. Et c'est quoi un système multi agents ? « Ici,  on parle encore de logiciels, mais qui doivent nécessairement avoir quatre caractéristiques: celle de l'autonomie, de la réactivité, de la pro activité et de la société (c'est-à-dire d'être capable d’avoir des comportements sociaux, comme par exemple la collaboration) », répond-t-il sans hésitation.
 
« Le petit robot de la NASA qui se promenait sur Mars est un exemple parfait du concept de systèmes multi agents. Le petit robot-jouet japonais qui avait fait fureur sur le marché il y a quelques années également était un véritable multi agents », image-t-il.
 
C’est qu’il s'y connaît, Sehl Mellouli, en cette matière ! Son sujet de thèse de doctorat traitait précisément du développement d'une méthodologie pour concevoir des systèmes multi agents tolérants aux fautes. C’est-à-dire, entre autres, d’en améliorer la robustesse et la fiabilité. Une thèse d’ailleurs défendue avec succès à l’Université Laval et qui était sous la direction des professeurs Guy Mineau et Bernard Moulin, de la Faculté des sciences et génie.
 
Des systèmes multi agents tolérants aux fautes ! Tien ! Tien ! De quoi vous redonner l’idée de ramener le concept de ''l’intelligence artificielle du e-gouvernement'' lancé plus haut! Imaginez, si on se dotait de gouvernements en ligne forts d’une intelligence artificielle tolérante aux fautes. Wow !
 
Sehl Mellouli est-il, sans le savoir, en train de nous concocter la recette d’une redéfinition de la démocratie et du fonctionnement de nos systèmes politiques ? Déjà qu'il se passionne à simuler les marchés boursiers; il ne lui reste pas bien des pas à franchir avant de prendre le goût de ''simuler'' des gouvernements !
 
Laissons-le chercher encore quelques années et on s’en reparlera si matière il y a. De la e-démocratie sans faute... Il faudrait s’habituer ! Mais pourquoi pas ? On peut rêver non !