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Benoit Montreuil

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Pour que les TI fassent de nos entreprises les gagnants de la mondialisation

 
C’est loin d’être un langage d’universitaire que fait entendre le chercheur Benoit Montreuil: « Mon premier intérêt de recherche, c’est d’étudier comment on doit transformer l’entreprise dans le contexte de la nouvelle économie ».... sous entendu: afin qu’elle survive! Et le contexte de cette nouvelle économie, c’est évidemment celui de la mondialisation. Mais ici, l’universitaire ne manque pas de comprendre ce phénomène dans toute sa profondeur, insistant qu’il faut savoir lire cette fameuse mondialisation sous quatre principaux angles: « Le contexte de la nouvelle économie, c’est celui d’une économie globale, digitale, hyper compétitive et turbulente. » Rien de moins, explique-t-il!
 
Comment, au Québec, nos entreprises doivent-elles réagir afin de survivre dans un tel contexte? « Nos entreprises doivent apprendre à devenir à la fois agiles, rapides, innovatrices, collaboratives et à offrir de la personnalisation », insiste-t-il surtout.
 
De la « personnalisation » ? Bien peu de gens d’affaires savent d’abord ce qu’est la personnalisation et que face à la clientèle, elle a plusieurs niveaux. Dans un article récent publié dans le European Journal of Operational Research - qui depuis lors trône parmi le TOP25 Hottest Articles de ScienceDirect - Marc Poulin, Benoit Montreuil et Alain Martel identifient d’ailleurs rien de moins que huit niveaux de personnalisation possibles! 

Soyons clairs, l’intérêt principal dans la démarche du chercheur universitaire est de pouvoir répondre à la concurrence provenant des exportateurs d’outre mer. Les manufacturiers de Chine offrent des prix dérisoires, grâce à des coûts de production irréalistes par rapport à l’Amérique. En 2004, le taux salarial horaire moyen dans le secteur manufacturier, qui était de 32 $US en Allemagne, contre 21,30 $US aux États-Unis et de 18,35 $US au Canada, baissait à 9,75 $US en Corée du Sud, à 2 $US au Mexique et à 0,61 $US en Chine...
 

Comment les technologies de l'information peuvent sauver nos entreprises?

 
Comment l’entreprise d’ici peut s’adapter à cela? Les TI sont parmi les meilleurs éléments du coffre à outils et c’est ce qu’il fait, découvrir comment, avec les TI, la demande réagit et comment l’entreprise doit agir et ajuster son offre.
 
« C’est la seule manière de compétitionner avec les Chinois (...) Jamais vous n’arriverez à les battre sur le prix du bâton de golf. Mais si vous offrez un bâton de golf personnalisé, qui accompagne son propriétaire dans toutes les phases de son développement de golfeur, en considérant l’adaptation de l’outil à son évolution, en prévoyant ajuster, voire changer l’outil au besoin, là vous pouvez battre la concurrent d’outre mer (...) La proximité du client regagne de l’importance. Et il faut y voir beaucoup plus que du service après vente. Cette approche globale, c’est le type de valeur ajoutée qu’il faut savoir offrir aujourd’hui », analyse Benoit Montreuil.
 
« Concrètement, on travaille beaucoup sur l’instrumental, on développe des technologies de simulation et de pilotage. C’est très concret. Ce qui permet de valider aussi nos concepts », nous expliquera-t-il en parlant du déroulement de ses recherches.
 
« On se concentre beaucoup sur le COMMENT je vais piloter l’entreprise en ayant accès à toutes ces informations que je n’avais pas avant », détaille-t-il.
 
« Évidemment, nous aimons mieux travailler avec des cas concrets, plutôt que des cas imaginés. Nous sommes donc toujours très ouverts à établir des partenariats avec des entreprises bien réelles », lance-t-il aussi. « Actuellement, nous nous intéressons à des cas d’entreprises ayant des produits qui sont destinés aux consommateurs (exemple : une automobile, ou des produits alimentaires). Nous appliquons aussi beaucoup nos efforts en rapport au contexte des réseaux de la santé. »
 
«  À quelles entreprises nous adressons-nous? Nous visons toutes celles qui veulent être devant la parade! Nos partenaires peuvent autant être une grande entreprise qu’une petite PME en démarrage. C’est d’ailleurs le cas actuellement », nous répondra-t-il en s’imposant de ne pas révéler de noms précis.
 
En circulant dans les corridors du Pavillon Palasis-Prince, on constate que ces recherches ont un aspect bien réel, comme le Laboratoire de modélisation et de simulation globale d’entreprise, où un carré d’une dizaine de postes d’ordinateurs et bien d’autres équipements technologiques parant les murs du vaste local, témoignent de la capacité des TI à se mettre au service de la compétitivité des entreprises.
 
Les grandes qualités de chercheur de Benoit Montreuil ont d’ailleurs été largement reconnues ne serait-ce parce qu’il s’est vu confier la direction de deux chaires prestigieuses : la Chaire Bell-Cisco de recherche en design d'affaires (financée pour 5 ans) et la Chaire de recherche du Canada en ingénierie d'entreprises (financée, elle, pour 8 ans). « Dans les deux cas, je suis dans le domaine de la nouvelle économie », se plaira-t-il de préciser.
 
Mais l’été 2006 a aussi donné un nouvel encadrement de travail à Benoit Montreuil, qui est aussi un des fondateurs du CENTOR, en voyant naître le CIRRELT...

Le CIRRELT, un centre d'importance


En effet, la fusion du Centre de recherche sur les transports (CRT) de l’Université de Montréal, l’École Polytechnique et HEC Montréal, du Centre de recherche sur les technologies de l’organisation réseau (CENTOR) de l’Université Laval et du groupe Polygistique de l’École Polytechnique, auxquels se sont joints les chercheurs de l’Université du Québec à Montréal regroupés autour de la Chaire de recherche industrielle du CRSNG en management logistique, a donné naissance à une nouvelle institution de recherche, formation et transfert technologique: le Centre interuniversitaire de recherche sur les réseaux d’entreprise, la logistique et le transport (CIRRELT).
 
Manifestement heureux de cette fusion, le chercheur donne deux explications à la récente initiative de création du CIRRELT : « Les bailleurs de fonds encouragent la concentration, mais il fallait aussi considérer cette belle opportunité de se regrouper. Car il est vrai que le regroupement permet de rapprocher des forces complémentaires. À Montréal, il y avait eu beaucoup d’investissements pour développer la puissance d’optimisation. Ici, à l’Université Laval, la modélisation de systèmes multi-agents était parmi nos forces. Le CENTOR avait aussi une approche qui nous gardait très proche des entreprises. Maintenant, avec le CIRRELT, tout le monde profite des forces de chacun. »
 
Bien qu’il ne faille pas attendre de gros changements à court terme, il sait que la nouvelle organisation ouvre énormément de perspectives pour le futur. Pour débuter, le premier directeur du CIRRELT est Michel Gendreault et le co-directeur Alain Martel. Monsieur Martel, professeur titulaire du Département Opérations et systèmes de décision, est aussi le directeur scientifique du CENTOR. Il y aura ainsi toujours deux co-directeurs, un de Montréal et un de l’Université Laval.
 
Avec quelque 50 chercheurs et 300 étudiants gradués, le CIRRELT est parmi les plus gros centres de recherche du genre au monde. « On se compare à ceux du MIT et de Georgia Tech », avance-t-il.
 
D’ailleurs, le chercheur prenait justement la route de la métropole pour une première « Journée CIRRELT », le 13 septembre, permettant un partage de connaissances avec des gens de l’industrie.
 
Est-ce que le milieu de la recherche est rendu à devoir constituer de tels gros ensembles, lui avons-nous demandé?
 
« On cherche à développer un environnement fertile. Pour les compagnies, avoir un unique point de chute c’est extrêmement important. Et plus que jamais les TI nous habilitent à faire ça », argumente-t-il.
 
Effectivement, le nouveau centre de recherche regroupe 54 chercheurs réguliers (16 de l’Université Laval, 12 de l’Université de Montréal, 9 de l’École Polytechnique, 7 de HEC Montréal, 6 de l’UQAM, deux de l’École de technologie supérieure, un de l’Université McGill et un de l’Université Concordia), dont 5 détenteurs de Chaires de recherche du Canada, 4 détenteurs de Chaires industrielles et les membres du Consortium de recherche sur les réseaux de création de valeur de l’industrie des produits forestiers (FORAC). À ceux-ci s’ajoutent 15 chercheurs associés, 13 collaborateurs, une trentaine de professionnels de recherche et environ 300 étudiants à la maîtrise et au doctorat.
 

Les objectifs du CIRRELT

 
Les membres du CIRRELT continueront en outre à travailler de concert avec les milieux industriel, public et parapublic. Et la triple mission de recherche, de formation et de transfert du centre contribuera concrètement à la compétitivité des entreprises et à l’efficience des services publics québécois et canadiens. La programmation scientifique du CIRRELT s’articule autour des 5 axes suivants :
  • réseaux logistiques;
  • réseaux de transport;
  • technologies de l’information et de la décision;
  • sécurité et environnement;
  • économie et organisation.
Et il n’est pas inintéressant de constater que les subventions de recherche obtenues par les membres du CIRRELT, de divers organismes subventionnaires et de partenaires industriels, sont de l’ordre de 6 millions $ par année!
 
Mais donnons le mot de la fin à notre chercheur du jour! Quel est son rêve de chercheur? Benoit Montreuil semble surpris par la question! « Que mes recherches aient un impact positif durable sur nos entreprises. C’est un rêve sans fin… », finira-t-il par conclure, après un petit silence évocateur!