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Marie-Christine Roy

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La psy des SIO

 
Pionnière des classes virtuelles à l’Université Laval et grande spécialiste des comportements humains sur le Web, la professeure en systèmes d’information organisationnels (SIO) Marie-Christine Roy donne un sérieux coup de pouce aux entreprises d’ici grâce à ses recherches et travaux sur la gestion des connaissances.
 
Chercheure rattachée à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval, Marie-Christine Roy a toujours eu cette impression d’être dans la marge des technologies de l’information. D’abord étudiante au baccalauréat en psychologie, un domaine dans lequel elle se trouve rapidement à l’étroit, elle se tourne vers l’administration, une discipline qu’elle juge plus concrète, plus terre-à-terre.
 
Mais pour Marie-Christine Roy, pas question de devenir administratrice au sens traditionnel du terme. En fait, ce sont les systèmes d’information organisationnels qui l’intéressent davantage : un domaine qui lie à la fois la gestion et l’informatique. Ce champ d’études lui ouvre les portes qu’elle cherche puisqu’il lui permet d’orienter ses travaux vers la conception d’outils informatiques comme solutions de gestion.
 
Le destin faisant bien les choses, ses études de deuxième cycle donnent aussi la chance à la chercheure de renouer avec ses anciennes amours : la psychologie. « J’ai retrouvé mon intérêt premier en ce sens que j’ai choisi de concentrer mes recherches vers l’étude des comportements humains face aux technologies de l’information, explique-t-elle. Mais en combinant à la fois les SIO et la psychologie, je suis toujours dans la marge des TI car je me plonge dans le comportement humain pour le lier à l’informatique », explique-t-elle.
 

La façon dont l'information est présentée influence le jugement humain

 
À cet effet, sa thèse de doctorat – doctorat qu’elle a complété à l’université Carnegie-Mellon, à Pittsburgh aux États-Unis - montre que la façon dont l’information est étayée influence le jugement humain et peut éventuellement éliminer certains biais.
 
« Je me suis fait dire : ce type de recherche ne relève pas du domaine des systèmes d’information organisationnels. Il y a eu tout un débat autour du sujet », se rappelle-t-elle. Elle persiste toutefois et soumet sa recherche à ISR – Information System Research – l’une des revues les plus respectées du milieu. À sa grande surprise, l’éditeur tranche en sa faveur et statue qu’il s’agit bel et bien d’une recherche portant sur les systèmes d’information organisationnels. Marie-Christine Roy pousse un soupir de soulagement : « Quand j’ai su que ISR allait publier, ça m’a fait plaisir. Ça réglait le problème! ».
 
De retour de Carnegie-Mellon, au début des années 1990, Marie-Christine Roy revient comme professeure à l’Université Laval. C’est le début de la micro-informatique et Internet fait lentement son apparition dans les salles de classe. Elle commence à enseigner le design d’interface. Mais bon nombre d’étudiants sont réfractaires à cette nouvelle matière qu’ils jugent aride et dont ils ne voient pas la nécessité. Mais la professeure persiste.
 
« Au début, cela a été très difficile de faire comprendre aux étudiants l’importance de considérer les aspects cognitifs et psychologiques afin de réaliser un design efficace. Aujourd’hui, cela tient de l’évidence, mais pas à cette époque. Cependant, dès que le Web a connu son envol, les choses ont changé et ce cours est devenu l’un des plus populaires. Je suis contente car j’ai enfin réussi à marquer des points! ».
 
Elle se retrouve un peu plus tard en tête du démarrage du tout premier MBA virtuel du campus. Qui plus est, ses compétences en matière d’évaluation d’interfaces graphiques éveillent rapidement l’intérêt de l’industrie avec laquelle elle commence à travailler en étroite collaboration. Elle s’intéresse à un sujet de plus en plus en vogue : la gestion des connaissances. Le concept en est à ses premiers balbutiements, néanmoins Marie-Christine Roy en pressent vite tout le potentiel et décide d’explorer ce nouveau filon.
« Je trouvais l’idée géniale car en SIO, notre objectif ultime est de mettre des connaissances dans la tête des gens et non de mettre de l’information dans des systèmes. En plus, cela touchait directement l’aspect comportemental : dès que l’information se trouve dans le système, ses utilisateurs peuvent l’acquérir et devenir plus performants, plus compétents. J’ai alors collaboré avec des firmes reconnues pour développer des approches capables d’analyser le mécanisme de gestion des connaissances d’une organisation et pour proposer des solutions efficaces et personnalisées. »
 

Une meilleure gestion des connaissances pour les organisations

 
De concert avec sa collaboratrice de longue date, Lucie Rivard, Marie-Christine Roy a développé de nouvelles approches dans le domaine et s’est frottée à des projets de grande envergure notamment à celui du Dossier de santé du Québec, un ambitieux chantier du ministère de la Santé et des Services sociaux. Étant donné son grand nombre d’intervenants, les besoins en gestion des connaissances étaient criants. Les procédures et systèmes implantés par l’équipe ont permis aux différentes équipes d’améliorer leur cohérence par rapport à leurs objectifs communs.
 
Selon elle, il ne fait aucun doute que les organisations bénéficieraient grandement d’une meilleure gestion des connaissances, ne serait-ce que pour minimiser l’impact des départs à la retraite ou pour simplement les rendre plus compétitives à l’échelle internationale. Les entreprises d’ici sont-elles toutefois prêtes à se prêter au jeu? Il y a encore beaucoup d’éducation à faire, croit la chercheure, mais elle tient bon.
 
« Lucie et moi avons d’ailleurs développé une méthodologie pour faciliter le processus et nous avons greffé une panoplie de spécialistes à notre approche car nous souhaitions proposer plusieurs solutions à la gestion des connaissances : le e-learning, la collaboration, les communautés de pratique, la veille stratégique, etc. Nous voulons continuer à bâtir une approche plus globale et éviter que les gens se retrouvent à travailler en vase clos, ce qui est souvent le cas présentement. »
 
D’ici là, Marie-Christine Roy continuera à se consacrer à sa passion première : l’enseignement. Se décrivant elle-même comme « une professeure 100 % virtuelle », c’est-à-dire que tous ses cours se déroulent exclusivement en ligne, elle trouve enrichissant l’apport des TI au milieu de l’éducation. Paradoxalement, la situation n’est pas sans lui causer certains tracas : « Je ne vois plus d’étudiants! Cela m’affecte et me fait vivre une sorte de crise existentielle, dit-elle à la blague. C’est dommage, car j’étais appréciée de mes élèves en classe et j’avais de plus en plus d’anecdotes à raconter. Les cours en ligne changent la donne. »
 
« Mais j’ai fait un choix, poursuit-elle avec philosophie. Une importante clientèle internationale peut désormais suivre mes cours. J’ai des élèves en Chine, en Europe, en Afrique. Je diffuse davantage mes connaissances de cette manière. Et ça, c’est un avantage énorme.