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Margot Kaszap

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Les TI au service du jeu éducatif

 
« J’ai acheté mon premier ordinateur, c’était un Apple][+ dont la mémoire était de 48 k octets, en 1978, à Cupertino en Californie alors que j’étais étudiante. Le premier jeu que j’ai programmé jusqu’à 2 heures du matin : Little Brick Out, un jeu de pingpong pour démolir un muret de briques », s’amuse à rappeler Margot Kaszap, maintenant professeure agrégée au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval. « Un Apple][+ il n’y en avait qu’un seul autre à Québec, à l’époque », précise-t-elle tout en nous montrant bien que son histoire informatique a du vécu.
 
Ensuite partageant sa vie avec un homme aussi passionné d’informatique qu’elle, le couple ne se contentera pas de seulement utiliser leurs petites machines. « Nous avons même créé, et breveté, un DOS (système d’exploitation) en français, au début des années 80 ; mais il n’a jamais été commercialisé. » Malheureusement, pourrait-on lui dire aujourd’hui ! En jouant dedans et changeant des morceaux, ils ont même francisé le clavier et le générateur de caractères pour produire les accents, les cédilles ainsi que les ligatures Œ et œ, se souvient celle qui était aussi parmi les premiers à mettre sur pied le Club APEUL de Québec.
 
« Je me suis particulièrement toujours intéressée aux jeux informatiques », insiste-t-elle. Devenue enseignante à la formation des maîtres au niveau primaire à l’Université Laval en 1996, elle n’allait pas laisser dormir ce capital technologique ! Il arriva ce qui devait arriver...
 
« Il y a quelques années, Louise Sauvé, une professeure chercheure de la TÉLUQ et David Kaufman, professeur chercheur de Simon Fraser University, m’ont intégrée en tant que chercheure dans le groupe SAGE for Learning (Simulation and Advanced Gaming Environments for Learning). Un groupe qui implique maintenant plus de 30 chercheurs au Canada intéressés par le monde du jeu et de la simulation en tant que formidables outils pédagogiques. Il est composé d’une dizaine d’équipes, localisées à travers le Canada, dont trois au Québec. Je travaille activement dans l’une de ces équipes avec, entre autres, Claire IsaBelle, professeure à l’Université d’Ottawa et mon collègue Michael Power (FSÉ). Plusieurs projets sont en cours, dont des simulations (COMPS, HealthSimNet) en Colombie-Britannique, un jeu de simulation (Contagion) en Ontario, des petits jeux sur mini-consoles en Nouvelle-Écosse, alors qu’en Alberta, ils ont déjà réalisé un logiciel qui s’appelle ÉPIDOMIO sur le thème de la santé », explique Margot Kaszap, qui, elle aussi aborde les questions de santé – promotion de la santé auprès des futurs enseignants – dans le cadre de SAGE.
 
Mais bientôt, les équipes québécoises n’auront rien à envier aux autres, car un projet de coquille générique de jeux de type Parchési est en cours d’expérimentation. Cette initiative veut permettre aux enseignants de créer leurs jeux sans savoir programmer. Les jeux qui en découlent se joueront à quatre personnes ou à quatre équipes. Encore mieux: les joueurs pourront communiquer verbalement et se voir, eh oui, grâce à la fameuse plate-forme ENJEUX.
 

Plate-forme ENJEUX

 
Revenons quelque peu en arrière pour bien comprendre...
 
« Je me rappelle très bien, c’était autour de l’an 2002, nous étions quelques-unes du groupe à être, disons opiniâtres, à avoir une nouvelle forme de jeu pour apprendre (…) On lui disait : ''Un nouveau jeu éducatif devrait avoir ceci et cela.'' » Un questionnement qui, finalement, aura été très productif et qui a provoqué le processus de démarrage de la plate-forme multimédia qu’a brillamment dirigé madame Sauvé. « (…) Une enquête menée auprès de futurs enseignants du Québec et du Nouveau-Brunswick avait révélé que les jeunes aimaient jouer au jeu CRANIUM. Lorsque nous avons présenté ces résultats à l’équipe, Louise nous a dit : ''Mais ce jeu semble s’inspirer d’une planche très ancienne de Parchési… OK alors, on fait un PARCHÉSI multimédia'' ! Nous étions en 2003. À l’automne, le groupe composé à l’époque des 25 chercheurs SAGE a reçu une subvention de 3 millions $ pour un projet sur quatre ans. Quatre ans plus tard, la plate-forme de communication et de travail collaboratif multimédia ENJEUX est à plus de 95% prête, de même que la coquille Parchési », nous raconte encore Margot Kaszap qui, elle, fait partie prenante de l’équipe d’évaluation de la plate-forme et de la coquille.
 
« C’est l’horizon 2008 qui est maintenant ciblé pour la finalisation complète du projet », nous précise-t-elle, en nous faisant une petite démonstration des qualités de l’outil, qui a pour principale caractéristique de permettre l’intégration de capsules vidéo pédagogiques dans le déroulement d’un jeu. « Actuellement, on l’utilise même pour faire nos réunions en vidéoconférence dans le cadre de nos travaux », explique-t-elle fièrement.
Évidemment, on sait déjà que le ludique en contexte d’enseignement donne des résultats spectaculaires: « Je peux vous donner l’exemple d’un jeu de mémoire avec tous les os du corps humain pour les étudiants en anatomie-physiologie. Le jour où leur professeur de médecine à l’Université Laval a dit: “Jouez”, cela a provoqué une augmentation de 30% du taux de succès du cours », raconte-t-elle.
 
Ce premier projet de recherche concerne donc le développement de jeux pour apprendre. « Au Québec, si vous parlez de jeu éducatif, vous parlez en même temps de Louis Sauvé ! Cette femme a fait ses études de maîtrise et de doctorat sur les jeux et les simulations et ce monde n’a pas de secret pour elle. C’est elle qui a mis sur pied et qui dirige le Centre d’expertise et de recherche de SAVIE (Société pour l’Apprentissage à VIE), une OSBL qui regroupe dans une communauté de pratique des partenaires (entreprises, organismes communautaires, institutions d’enseignement publiques) qui soutiennent ses recherches et applications sur l’inforoute (internet) contribuant ainsi à l’amélioration des contenus de formation à distance, d’information et de communication en français, qui vient de produire la plateforme technologique ENJEUX. C’est aussi à son initiative qu’a été mis sur pied le Carrefour virtuel de jeux éducatifs (CVJÉ), un site internet d’accès universel qui compte déjà pas moins de 800 jeux », détaille avec intérêt Margot Kaszap, car du nombre une bonne soixantaine sont des créations de ses propres étudiants.
 
« La beauté de la dernière coquille générique en lice (Parchési) est d’être la première à permettre l’usage de la plateforme de communication et de travail collaboratif multimédia ENJEUX. À l’aide de cette coquille, deux jeux ont été créés : ITS : stopper la transmission (qui porte sur le thème des infections transmises sexuellement, développé par deux médecins praticiens, Fernand Cantin et Martin Delage en collaboration avec Louise Sauvé et Lise Renaud) et Les jeunes et leur santé (qui porte sur tous les thèmes reliés à la santé, touchant les élèves de 5e, 6e années du primaire et 1ère secondaire, développé par Margot Kaszap et Claire IsaBelle). D’ici avril 2007, six nouveaux jeux s’ajouteront grâce à la créativité de nos étudiants du BÉPEP (Baccalauréat en éducation préscolaire et enseignement primaire) », confirme-t-elle.
 
À titre de professeure à la formation des enseignants au primaire, Margot Kaszap voit d’instinct un intérêt pour tout ce qui touche le potentiel du ludique en matière de pédagogie. Mais c’est loin d’être tout pour cette professeure-chercheure universitaire aux multiples facettes qui est également chercheure au Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE) et dans lequel s’insère toutes ses recherches sur la formation des enseignants et des professionnels de la santé.

 
Validation de programmes et approvisionnement du GRISA


D’abord, son expertise pour l’alphabétisation, l’enseignement et la santé, qui constitue son champ de recherche principal et reconnu, lui a valu l’obtention d’une subvention de recherche particulièrement pointue.
 
« Parallèlement à SAGE, je suis aussi impliquée dans un second projet de recherche ayant pour objectif la formation de professionnels de la santé. » Aussi reconnue pour son expertise en didactique et comme pédagogue habituée avec les personnes âgées, le Conseil canadien de l’apprentissage vient d’accorder, à Margot Kaszap et à sa collègue de la faculté Martine Mottet, une subvention de 70 000 $ qui servira, dans les dix-huit prochains mois (de mars 2007 à décembre 2008), à évaluer une capsule vidéo déjà produite par l’organisme Vidéo-Femme pour le compte du GRISA (Groupe de recherche et d’intervention en santé et alphabétisation), ainsi qu’une série de fiches pédagogiques, ayant pour but d’appuyer l’approvisionnement alimentaire des personnes âgées vivant seules.
 
Pourquoi dix-huit mois ? « C’est le temps qu’il faut pour fournir des grilles permettant à la fois d’évaluer la démarche des professionnels de la santé qui utiliseront le matériel, tout autant que la capsule vidéo par des personnes âgées, ainsi que des experts du réseau », nous répond-t-elle.
 
Dans ce projet, une professionnelle de l’organisme communautaire GRISA est également impliquée avec le duo de chercheure lavallois.
 
Par ailleurs, la passion pour l’informatique et les TI de Margot Kaszap vient récemment de lui ouvrir les portes d’un réseau de concepteurs de logiciels qui loge tout à l’autre bout de la planète.
 

Validation du logiciel N-Vivo 7.0


Cette femme branchée est effectivement aussi une experte reconnue mondialement en matière de traitement de données qualitatives. « L’été dernier, j’ai passé deux semaines en Australie, comme invitée, afin de me perfectionner comme formateure auprès de l’équipe de concepteurs. » En 2005, elle avait été conviée à pré-tester durant un mois, le logiciel N-VIVO 7.0 qui est un logiciel de traitement de données quantitatives parmi les trois plus connus et utilisés dans le monde. En 2004, elle y avait passé 2 mois lors de son année d’étude et de recherche et puis, en 1995, lors de son post-doctorat à l’Université de Reading en Angleterre, elle s’était initiée à la première version de ce logiciel qui s’appelait à l’époque N.U.D*I.S.T. acronyme de Non numerical Unstructured Data Indexing Searching and Theorizing , pour lequel elle avait produit un guide-maison en français et un en espagnol. Depuis, elle a publié un livre pour le traitement des données avec le logiciel N-Vivo 2.0 et présentement, elle est en pleine écriture du nouveau manuel pour N-Vivo 7.0.
 
« Parmi la quinzaine de logiciels de ce type existants, je suis d’avis que les trois principaux sont N-VIVO (surtout bon pour le texte et qui coûte environ 500 $US), Atlas-TI (surtout bon pour la vidéo et les images et qui coûte également environ 500 $US) et TRANSANA (surtout bon pour la vidéo et la synchronisation, mais qui a lui, l’immense avantage d’être gratuit et en source libre d’accès », nous détaille l’experte gentiment.
 

Traduction du logiciel Transana


Margot Kaszap a d’ailleurs une formidable anecdote à raconter concernant ce logiciel libre (Open Source): « J’ai découvert TRANSANA il y a deux ans. Ses concepteurs, une équipe de l’Université du Wisconsin à Madison (É.U.), annonçaient qu’ils révisaient tout le logiciel en profondeur et à l’époque, il n’y avait pas de version française. Je leur ai écrit pour leur proposer gratuitement mon aide à créer une table de conversion universelle. Ils m’ont ouvert toute grande la porte, de sorte qu’aujourd’hui, la version française de ce logiciel est de mon propre cru. J’ai tout traduit ! De plus, ceci a permis à une douzaine d’autres collègues de par le monde, de traduire le logiciel dans leur propre langue ! », raconte fièrement cette femme passionnée, qui depuis, poursuit périodiquement son œuvre bénévole de traduction au fil des mises-à-jour du logiciel.
 
Ne demandez pas pourquoi et comment, mais la professeure Kaszap a encore du temps pour un cinquième projet de recherche, actuellement aussi sur les planches !
 
« Je m’étais engagée à ne pas voir disparaître le travail de Louise Guilbert, une collègue qui partait à la retraite. Je lui ai d’abord demandé la permission de pouvoir utiliser les sites Internet (PISTES et Chantier pédagogique) qu’elle avait mis sur pied pour l’enseignement des sciences au secondaire, d’une manière plus générale afin d’y intégrer les sciences humaines, le tout, tant au primaire qu’au secondaire. Elle a accepté. Je suis alors partie à la chasse au financement et j’ai mis la main sur une subvention d’un an du CRSH-INE de 50 000 $ pour la diffusion de production », raconte-t-elle.
 
Quelques mois plus tard, la voilà en phase finale de production d’une nouvelle mouture du site Internet : Chantier pédagogique, développé en tant qu’outil d’aide au travail collaboratif pour la création d’activités d’apprentissage dans toutes les matières du primaire et du secondaire. « Un outil formidable qui permet aux enseignants de n’importe où dans le monde de travailler ensemble, en équipe, en temps réel, à construire des activités d’apprentissage. Bien sûr, les premiers à en bénéficier ce sont cependant nos propres étudiants ! »
 
Soulignons ici qu’une somme de 25 000 $ a été demandée au fonds APTIC de l’Université Laval pour poursuivre cette initiative.
 
«Sur la même lancée, nous avons aussi reçu 150 000 $ pour un an du fonds INUKSHUK, dans le but de faire des activités d’apprentissage en géomatique pour susciter des carrières auprès des jeunes du secondaire », rajoute-t-elle, manifestement infatigable. Une initiative de ses collègues de géomatique, Thierry Badard, Sylvie Daniel, Stéphane Roche et Mathieu Rondeau, à laquelle sa collègue de la FSÉ Louise Guilbert (PISTES) et elle-même collaborent en tant que co-chercheures, ainsi qu’avec deux professeurs du Cégep de Limoilou.