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Thomas Michael Power

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Du tableau noir au tableau virtuel

 
Même si l’époque de la craie et des tableaux noirs est loin d’être révolue dans nos établissements universitaires, force est de remarquer que le passage à l’enseignement virtuel se fait de manière fulgurante et efficace dans bon nombre d’universités partout sur le globe. Cela a été le cas à l’Université Laval où le professeur Thomas Michael Power de la Faculté des sciences de l’éducation a joué un rôle important dans ce passage qu’il considère obligé. Depuis son retour à son alma mater en 2006, ce chercheur en technologie éducative travaille depuis plus de 25 ans au développement de l’enseignement à distance à l’université, non seulement ici, mais ailleurs dans le monde.
 
« Lorsque j’ai été embauché comme professeur à l’Université Laval, la première chose que j’ai faite a été de demander quelle était la plateforme d’enseignement en ligne en mode synchrone utilisée ici. À ma grande surprise, on m’a répondu que nous n’en n’avions pas. Je me suis alors retroussé les manches et je me suis mis au travail. J’ai alors décidé d’initier un projet pilote dans ce sens », se rappelle Michael  Power qui a été parmi les premiers professeurs à l’université Laval à se servir de la plateforme d’enseignement en ligne en mode synchrone Elluminate destinée à la formation à distance.
 
À l’été 2007, monsieur Power a fait partie du groupe d’essai du premier projet-pilote de cette plateforme, lequel a donné des résultats encourageants. À un point tel que la Direction de l’Université, enchantée, a décidé de mettre à sa disposition cet environnement virtuel à des fins de recherche et d’enseignement.
 
« L’Université Laval a vite fait le compte des nombreux avantages que présentait ce genre de plateforme virtuelle d’enseignement », souligne le professeur Power. « En plus d’offrir une plus-value aux étudiants locaux qui souhaitent étudier hors-campus, cela va nous permettre d’augmenter notre population étudiante à l’étranger sans investir dans les bâtiments. Car les infrastructures, ça coûte de plus en plus cher comparativement à un serveur.»
 
Heureux d’avoir participé à ce gain technologique, Michael Power n’a jamais douté de la réussite de l’entreprise. Formé à l’Université Laval en technologie éducative dans les années 80 – « les belles années de ce département » dit-il, - puisqu’une douzaine de professeurs y enseignaient alors – c’est dans l’optique de se tourner vers la technologie éducative et le développement international que le chercheur avait débuté ses études de deuxième cycle.
 
Sa maîtrise fraîchement en poche, il accepte, au milieu des années 1980, un premier poste à l’étranger. L’Université Omar Bongo, au Gabon, en Afrique centrale, retient ses services en tant que professeur en technologie éducative dont le mandat sera de former des conseillers pédagogiques et inspecteurs d’école dans ce domaine. « Souvent, lorsqu’on pense à l’Afrique, on pense à la pauvreté. Mais il faut aussi savoir que l’on retrouve dans ces sociétés des ilots fonctionnels. Notre université était relativement bien pourvue en moyens et nos conditions d’enseignement étaient excellentes. J’y ai disposé d’un ordinateur puissant avant même d’en avoir un au Québec. Il y avait aussi un budget de développement destiné aux projets éducatifs locaux », se souvient-il.
 

Parcours professionnel de Thomas Michael Power

 
« C’est à cette époque », poursuit-il, « que je me suis rendu compte que, grâce aux technologies éducatives, nous pouvions répondre aux besoins en matière de développement académique et social. C’est là que j’ai commencé à élaborer un modèle de design pédagogique adapté aux universités traditionnelles intéressées à développer l’apprentissage en ligne, cela afin d’accroître l’accessibilité aux études supérieures. »
 
À la fin de son contrat en Afrique, Michael Power décide de rentrer au Québec et entreprend à l’Université Laval des études de troisième cycle. Encore là, la question de l’apprentissage en ligne adapté aux ressources et limites de l’université traditionnelle demeure le centre de ses préoccupations. « J’ai donc axé mes recherches sur une étude plus exhaustive des modèles de design pédagogique mis en œuvre dans les universités qui offraient déjà de l’enseignement à distance. D’une part, il y avait bien sûr le modèle industriel de la TÉLUQ et de l’autre, un modèle émergeant dans les universités traditionnelles qui offraient de plus en plus de cours hors campus. Y en avait-il un plus efficace que l’autre? C’est là que j’ai réalisé l’importance, pour une institution comme l’Université Laval, d’élaborer un modèle indigène et non d’utiliser un modèle provenant d’un tout autre contexte. »
 
C’est finalement l’Université de Moncton qui fournira au chercheur sa première occasion de tester son nouveau modèle intégrant à la fois une composante synchrone (une salle de classe virtuelle) et une composante asynchrone (un site Web). Une chance en or, puisque l’établissement  cherchait à cette époque à développer une ambitieuse offre de formation à distance comportant quelque cent cours différents. « L’idée a été de présenter aux professeurs un modèle de design pédagogique qui s’adapterait bien à leurs activités d’enseignement courantes au lieu d’essayer de leur faire adopter le modèle classique de design pédagogique tel qu’il est appliqué à la TÉLUQ », explique Michael Power. « Et le projet a été généralement bien accueilli car les professeurs ne l’ont pas perçu comme une surcharge de travail, mais plutôt comme un outil facilitant leur travail. Le modèle que j’ai développé à Moncton leur a permis de continuer leur pratique pédagogique sans trop la changer, et c’était ça l’esprit du projet ».
 

Développer des scénarios pour simulations et jeux éducatifs

 
Puis, en 2002, une nouvelle fenêtre de recherche fort prometteuse s’ouvre pour Michael Power. De concert avec l’Université Simon Fraser et la TÉLUQ, le chercheur est invité à coordonner la création de ce qui deviendra un important pôle de recherche sur le développement des simulations et jeux éducatifs (SAGE for Learning – ApprentisSAGE).
 
Pas étonnant dans ce contexte que le chercheur, devenu professeur à l’université Laval, ait été invité à se joindre à l’équipe de la chercheuse Sylvie Daniel (membre de l’ITIS et professeure au Département des sciences géomatiques) afin de collaborer à l’élaboration d’un important projet alliant la géomatique, le jeu virtuel et l’apprentissage : GéoÉduc3D.
 
En tant que directeur adjoint – éducation du projet, Michael Power et ses étudiants de 2e et de 3e cycles sont amenés à développer des scénarios éducatifs entourant les jeux. « Nous devons non seulement faire en sorte que les jeux soient intéressants pour les jeunes, mais qu’ils représentent également un défi pour eux. Nous voulons faire en sorte d’offrir aux jeunes des outils qui vont les attirer vers les sciences et la géomatique. Et l’élément ludique du jeu nous fournit une passerelle exceptionnelle. »
 
« Sur ce fond de jeu, poursuit-il, les géomaticiens vont ajouter des environnements, des structures, du géopositionnement, de la réalité augmentée, du 3D. C’est ce qui en fait un projet unique entre deux domaines qui, normalement, ne seraient pas amenés à collaborer. Le pont entre la géomatique et l’éducation, c’est la technologie. Ce sont deux domaines transversaux qui se rencontrent et qui se complètent à merveille. »
 
GéoÉduc3D a des échos qui vont bien au-delà des murs de l’Université Laval. Le ministère de l’Éducation du Québec suit de près l’évolution du projet et un partenaire majeur, Ubisoft, s’est montré intéressé à commercialiser les prototypes de jeux. « Au Ministère, l’intérêt est unanime : on le veut! Ce chantier peut aller loin et risque d’avoir un impact à grande échelle et pas seulement au Québec. Une alliance est en train de se forger avec le MIT (Massachussetts Institute of Technology) qui travaille sur un projet semblable, cela grâce à l’implication de ma collègue Margot Kaszap. »
 
Pour Michael Power, il ne fait pas de doute que le design pédagogique, que ce soit de jeux éducatifs ou de plateformes virtuelles d’enseignement, est appelé à connaître un développement à grande vitesse dans la prochaine décennie. « L’Université Laval est devenue un établissement de classe mondiale dans une ville qui est relativement petite », dit-il, « et son développement va continuer à la condition que nous nous approprions la  technologie et que nous la mettions au service de l’enseignement et de la recherche. Le potentiel est énorme dans ce secteur où les investissements vont probablement connaître un bond énorme. »