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Sophie D'Amours

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Quand les TIC passent à l'ère des TID

 
« Mon plaisir, c’est de comprendre l’impact des nouveaux modèles d’affaires; comment être créatif pour implanter un nouveau modèle d’affaires concurrentiel au Québec qui permet de  personnaliser notre offre et de livrer rapidement. Très, très rapidement ». Ce langage de femme d’affaires sied bien à Sophie D’Amours, qui a été élevée dans ce milieu. C’est pourtant au Département de génie mécanique de la Faculté des sciences et génie de l’Université Laval que nous rencontrons cette jeune professeure titulaire. 

Incidemment, elle cherche aussi à développer des processus et des technologies pour y arriver... rapidement. Mais surprise : à son avis, les technologies de l'information et des communications (TIC) ne sont pas encore assez développées pour faire ça, dans l’industrie manufacturière québécoise en général. « Personnaliser un produit et le livrer en 48 heures, c'est encore un défi », observe-t-elle.

Si elle souligne sans gêne les faiblesses des TI face aux défis qu’elle embrasse, elle pousse aussi son regard critique en élevant même la barre d’un cran : « Moi je ne parle plus de technologies de  l'information! Nous sommes maintenant à l’ère de la décision. Je parle donc des technologies de l'information et de la décision, les TID ! », lance une Sophie D’Amours d’un ton aussi posé qu’assuré.
 
Pas surprenant, donc, que cinq des 16 professionnels de recherche que compte FORAC, le centre de recherche qu’elle dirige depuis sa fondation, soient des spécialistes en informatique!
 

Pilotage des réseaux de création de valeur
 

Plus techniquement, elle poursuit en nous entraînant sur ce qu’elle appelle le pilotage des réseaux de création de valeur. Le sujet de recherche qui l’occupe beaucoup actuellement. On lui a d'ailleurs confié une Chaire de recherche du Canada sur le sujet.
 
« On a, par exemple, appliqué ce concept avec un projet de la Régie de l'assurance-maladie du Québec pour la réutilisation des chaises roulantes dans le réseau de la santé », indique–t-elle en montrant que l’approche est multisectorielle.
 
Avec la même approche, elle explique également son intérêt envers les ’’entreprises virtuelles’’. Virtuelle... Qu'est-ce qu'une entreprise virtuelle pour Sophie d’Amours? Elle répondra d’abord en donnant quelques exemples témoins de ce nouveau phénomène comme celui de l’industrie du meuble en Italie, plus spécifiquement de la fabrication de chaises (citant ici le cas de la région italienne d’Udine). L’entreprise virtuelle est en fait celle qui se crée pour orchestrer toute une série d'entreprises réelles, afin qu’elles aboutissent à livrer le produits escompté. L'entreprise virtuelle a ici pour unique tâche de coordonner le travail de chacun. « Après, le réseau disparaît... et l’entreprise démarre un nouveau projet », a observé la chercheure.
 
Cette façon de faire des affaires, dans un contexte de mondialisation des marchés, a quelque chose de totalement fascinant. Après le ''just in time'' et autres formules du management de pointe, voici l’entreprise ''utilisez et retournez'', car ici elle est récupérée, revalorisée via sa mise en réseau par une autre qui, elle, ne se spécialise qu’à vendre des ''services''. Des comportements que l’utilisation poussée des technologies de l’information et de la prise de décision rapide rend possibles. Et que la chercheure universitaire ausculte dans l’espoir d’en faire profiter les entreprises québécoises.
 
Évidemment, le pilotage des réseaux de création de valeur dans l’industrie des produits forestiers est au cœur des préoccupations de FORAC. Prenons donc ce contexte pour mieux expliquer ce dont il en ressort. À l’aide du cumule d’informations à la base et d’outil informatique – évidemment – l’objectif est ici d’établir « un plan d’opération détaillé (achat, production, transport et livraison) qui permet de satisfaire la demande des clients (commande en main et contrats), de maximiser les revenus espérés (produits à haute valeur) et de minimiser les inventaires, et ce, tout en respectant les capacités de production et la disponibilité de la matière (inventaire et approvisionnement planifiés). » La routine quoi...
 
En bref, on espère rien de moins que de réussir la quadrature du cercle, pour viser un contexte d’opération d’une industrie qui se rapprocherait le plus possible d’un état de maximisation global sur tous les plans.
 
Cette recherche du ''chemin parfait'' dans la conduite des entreprises manufacturières est, bizarrement, dirigée par une femme qui a vu son propre cheminement de carrière prendre des chemins bien imprévus.
 

Le Consortium de recherche FORAC et la foresterie


« J’ai été élevée dans une famille très impliquée dans le développement économique et sociale. Je ne me destinais pas du tout au monde de la foresterie, pas plus qu’à celui du génie industriel. En arrivant à l'université, je visais la biomécanique! J'avais seize ans lorsque le premier coeur artificiel a été implanté... et ça m'a fait capoter! Mais c'est le génie industriel qui deviendra ma passion, après avoir fait un baccalauréat en génie mécanique », raconte d’abord Sophie D’Amours.
 
Pour ce qui est de la foresterie, c'est une toute autre histoire. La jeune étudiante au doctorat qu’elle était avait accepté la direction du Centre de recherche sur les technologies de l'organisation réseau de l'Université Laval, le CENTOR (elle en a d'ailleurs été la directrice pendant six ans, au début de son existence). « C'est à la demande du doyen de la Faculté de foresterie, Denis Brière, que je me suis lancée dans ce domaine. Il m’a alors montré comment l’Université Laval avait déjà une très bonne renommé en foresterie, une très bonne expertise, et il m’a aidée avec Alain Martel et Robert Beauregard à former le consortium FORAC. »
 
FORAC, le Consortium de recherche sur les affaires électroniques dans l’industrie des produits forestiers, est donc une initiative du CENTOR (le CIRRELT maintenant). Depuis sa création, en janvier 2002, l’équipe s'est d’ailleurs beaucoup élargie. Ses activités de recherche sont actuellement encadrées par une dizaine de professeurs. Et 26 étudiants (18 au doctorat, un au postdoctorat et 7 à la maîtrise) y oeuvrent, tant en génie, opérations forestières, sciences du bois, qu’en management, SIO et systèmes de décision. Elle compte aussi sur 16 professionnels de recherche. Tout autant impressionnant, le consortium est également un regroupement de 14 partenaires : Domtar, Bowater, Kruger, Tembec, Shermag, Canadian National (CN), CGI, Forintek Canada Corp., CRIQ, FERIC, CRSNG, Développement économique Canada, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune et l'Université Laval.
 
Plusieurs années plus tard, celle qui dirige toujours FORAC ne regrette certainement pas ce choix de carrière : « Je me sens utile, c’est très valorisant. Vous savez qu'il existe 250 collectivités au Québec qui vivent essentiellement de l'industrie forestière... et on ne l'aide pas beaucoup, cette industrie qui a à se réinventer»
 
Mais elle voit quelques signes encourageants : « La valeur des exportations des produits du bois à valeur ajoutée aurait dépassé celle des produits de commodité pour la première fois de l’histoire du Québec, selon les dernières statistiques disponibles », se réjouit-elle.
 

Technologie de planification des réseaux de sciage du bois

 
Elle est fière, aussi, de savoir que les efforts en recherche dans son milieu universitaire immédiat vont prochainement générer une nouvelle entreprise, grâce à une technologie de planification des réseaux de sciage du bois. En cette époque où les mauvaises nouvelles font loi dans l’industrie forestière québécoise, voir des entrepreneurs se lancer en affaire fait bon à entendre! « Surveillez les annonces prochaines à ce propos », se contente-elle de nous révéler, ne voulant pas vendre la mèche.
 
Elle souligne aussi la récente mise sur pied du PARIM (PArtenariat de Recherche sur l’Industrie du Meuble). Face à la situation difficile actuelle, dans un effort concerté, Forintek Canada Corp., l'Université Laval par le biais de la chaire industrielle CIBISA et du Consortium FORAC, le Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ), l'Université du Québec à Trois–Rivières (UQTR) et l'École nationale du meuble et de l'ébénisterie ont créé ce nouveau moteur d’espoir.
 
Il faut certainement faire beaucoup plus que de toucher du bois pour espérer voir l’industrie forestière du Québec traverser positivement la crise profonde qui la secoue actuellement. L’avenir est encore pavé d’incertitudes. Mais le dynamisme des Sophie D’Amours de ce monde fait certainement parti de la solution gagnante.