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Guy Mineau

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Doter d'un cerveau de calibre humain le Web de demain

 
Le Web vu comme un immense cerveau! À la réflexion, l’image peut faire peur. Mais c’est la beauté du monde de la recherche d’avoir de l’imagination sans limite. Même si, de son propre aveu, sa tâche de directeur du Département d’informatique et de génie logiciel ne lui laisse pas tout le temps qu’il voudrait consacrer à la recherche, à travers cette charge administrative, Guy Mineau s’intéresse tout de même à deux domaines de recherche qui se rejoignent d’ailleurs quelque part : l'intelligence artificielle et l’analyse des données.
 
« En intelligence artificielle, c’est la question du langage de modélisation des connaissances qui m'intéresse particulièrement. Alors qu'en analyse des données, je me spécialise surtout en forage de données (data mining), en procédure d’interprétation des données et en forage de textes (text mining)... », nous explique-t-il.
 
Le chercheur ne s'intéresse pas à cette intelligence artificielle qui fait référence aux robots de l’imaginaire collectif, qui bougent et qui parlent. Mais pour lui, le Web devient comme le cerveau d’un robot ! En ce sens, il devient doté d'intelligence, c'est-à-dire qu’il pourrait être doté d'une capacité d'adaptation. À partir d’ici, c’est notre imagination qui fait le reste… Mais est-ce que tout est – sera – possible ?
 
« Plutôt que de devoir énumérer à l'ordinateur toutes les situations possibles auxquelles il devrait réagir, nous essayons de le doter d’une capacité d'adaptation », explique-t-il pour montrer qu’il y a encore loin de la coupe aux lèvres avant que le ''cerveau web'' menace l’humanité !
 
Comment, lui, compte-il construire un tel cerveau ? Sa vision de recherche, c’est d'analyser les textes existants et de pouvoir s’en servir sans devoir tout comprendre : « Actuellement, un moteur de recherche utilise des mots-clés, considérés comme des requêtes sans lien entre chacun des mots, sans dépendance sémantique. Dans le futur, j’espère que nous pourrons poser une véritable question pleine de sens, une phrase intelligible, comme si, par exemple, je parlais à mon agent de voyage pour lui demander : une destination soleil, dans un pays francophone, avec des hôtels entre tel et tel prix, disponible entre telle et telle date, pour qu’il me donne trois ou quatre destinations possibles, rien de plus (…) Tout le défi relève dans la compréhension de la sémantique », explique-t-il.
 
« En forage de données, nous sommes capables d'extraire des concepts qui sont dans le texte. C’est là que nous sommes rendus ! »
 
Et même si l’état de la recherche en cette matière semble encore sommaire, il est déjà possible de montrer que tout ceci peut avoir des conséquences très concrètes… et tout à fait surprenantes ! Il nous rappelle ici cet exemple d’étude d’interprétation de données, dans un projet de recherche aux États-Unis, dans des supermarchés : « On y a découvert la pertinence d’associer une caisse de bière et les couches pour bébé ! On a réalisé que les jeunes pères de famille qui allaient faire leurs courses avant d’écouter leur match de football en profitaient aussi pour ramener des couches pour le bébé. Du coup, les commerçants réalisaient la pertinence d’offrir le duo bière-couches pour bébé ! Ils se sont mis à disposer les deux produits et à concocter des promotions en conséquence», raconte Guy Mineau. Un résultat surprenant de forage de données qui mérite l’attention, quand même !
 
« Ultimement, le but derrière ça, c'est que le Web devienne beaucoup plus transparent. En fait, on est au coeur de ce qu’on appelle maintenant le Web sémantique », poursuit-il.
 

Manquons-nous de connaissances sur le fonctionnement du cerveau humain?


Devant tout ce potentiel que recèlent les domaines de recherche auxquels il se consacre, nous avons demandé au professeur Mineau quel était, justement, son principal empêchement à progresser en recherche ? D’abord surpris par la question, il nous livre ici une réponse encore plus surprenante : « C'est notre propre manque de connaissances sur le fonctionnement du cerveau humain et du comportement humain ; il nous manque l'observation du fonctionnement interne de l'humain au niveau cérébral. »
 
Effectivement, comment reproduire – dans ce cas l’intelligence humaine – quelque chose qu’on ne connaît pas parfaitement ? Les auteurs de science-fiction ont encore sans doute plusieurs belles décennies devant eux pour nous faire rêver, nous les humains, de robots et de mondes cybernétiques menaçants. L’âge d’or du cerveau humain n’est pas encore dépassé !
 
Mais devant les défis qu’il se donne, le chercheur Mineau n’est pas solitaire, même dans son propre département à la Faculté des sciences et génie de l’Université Laval.
 
« À 21 professeurs au département d'informatique et de génie logiciel, nous ne pouvions pas nous permettre de nous lancer dans plusieurs axes de recherche. Nous avons pris volontairement comme stratégie de nous diviser principalement en deux groupes de recherche ayant une masse critique importante. Et cela a fonctionné ! Le département est très reconnu en matière d’intelligence artificielle et nous avons aussi une renommée en matière de sécurité informatique », assure le directeur.
 
Et si on lui offrait de l’aider, en matière de recherche, à partir d’une aide externe à l’université… Que serait un nouveau partenaire idéal, selon lui?
 
« Le partenaire extérieur parfait pour nous serait celui qui nous apporterait un financement afin de faire le ménage en profondeur dans toutes les preuves de concepts que nous multiplions, ici, sans jamais passer en phase de transfert industriel. Il y a ici des trésors, un potentiel énorme, perdu, parce que ce n'est pas la mission des chercheurs universitaires de mener une idée, un concept, vers un transfert industriel. On s’arrête généralement après l’étape de la preuve de concept.»
 
À l’exemple des événements de maillages que sont BioContact, TI-Contact, etc… dont d’ailleurs la région de Québec est si fière, devrions-nous organiser un « ULavalContact » ?
 
«Effectivement, je pense que oui, il serait bon d’organiser un genre de Journée industrielle à l’université, avec les gens d'affaires, pour partager avec eux nos idées de recherche», confirme-t-il sans hésiter.
 

Manque de relève en informatique au Québec


Il était évidemment impossible de ne pas parler de la crise qui secoue le milieu de l’éducation québécois en matière d’inscriptions dans les programmes d’enseignement en informatique depuis le début des années 2000. Comment vit-il cette crise à la tête du Département d’informatique et de génie logiciel de l’Université Laval ?
 
«Ici, à Québec, la région engage des bacheliers. Nos étudiants gradués ne trouvent pas facilement d'emplois qui soient en accord avec la formation qu’ils ont reçue. La région perd donc beaucoup de cerveaux», s’attriste-t-il. «Les derniers chiffres en matière d'inscription au département sont plutôt rassurants : ils sont loin des 1 050 inscriptions de septembre 2001, mais après une baisse de 40% au cours des cinq dernières années, les quelque 650 inscrits de septembre 2006 vont enfin démontrer, je l’espère, que le fond du baril a été atteint. Enfin, il y a une petite remontée par rapport à l'année précédente», se réjouit-il.
 
Mais Guy Mineau et son équipe n’attendent pas sans rien faire que l’informatique redevienne à la mode, après le dur coup de l’éclatement de la bulle informatique de 2000-2001. Le directeur du département est très fier d'être avec la première université au Québec à offrir un programme de baccalauréat en informatique complètement à distance (même chose pour le programme de certificat).
 
Et ce n’est pas tout ! «Notre projet similaire avec 8 pays d’Afrique - via l’Université virtuelle africaine (UVA) - va très bien : nous en sommes déjà à deux cohortes pour un total de 290 étudiants. »
 
En clair, ce montréalais d'origine, qui arrivait à Québec en 1990 avec trois diplômes (Bacc, M.A. et Ph D.) de l'Université de Montréal en poche, ne regrette aucunement d’avoir choisi de venir débuter sa carrière d’universitaire dans une capitale où l'employeur « (...)offrait particulièrement des conditions très avantageuses en matière de recherche », nous confiera-t-il en précisant que c’est ce qui l’a aidé à choisir l’Université Laval. Reste à savoir si à force de se gratter le cerveau en tant que chercheur, il atteindra dans la capitale du Québec son rêve de doter d’un cerveau de calibre humain le Web de demain !