lien externe

Mathieu Rocheleau

Envoyez-nous un courriel

Réfléchir à l'intégration de la modélisation 3D en sciences historiques

 
La modélisation 3D prend de plus en plus de place dans la recherche en sciences historiques. Des scientifiques, de tout horizon, en font l’intégration, de l’histoire à l’archéologie, en passant par la recherche en patrimoine ou en histoire de l’art. Des représentations de villes ou d’œuvres sont ainsi créées, permettant de bien en saisir la teneur et de restituer le passé dans un monde où les technologies sont en évolution presque constante. Pour Mathieu Rocheleau, l’intégration technologique doit prendre une petite pause le temps que le milieu scientifique se questionne quant à l’utilisation de la modélisation 3D, question de bien préparer la suite des choses. « Au bout du compte, ce que je veux, c’est vraiment de prendre une pause, d’analyser ce qui se fait et, au final, de voir jusqu’où tout cela pourrait aller. »
 
Cette réflexion, il compte bien, à travers son projet de doctorat, en proposer une amorce. « Je veux savoir qu’est-ce que ça donne pour un chercheur de numériser en 3D. Et, comme tout cela évolue très rapidement, je souhaite me détourner de ce qui est plus technologique pour me concentrer sur les questions de méthode. Quel est l’impact de ces modélisations 3D sur la recherche? Est-ce que la méthode employée influence l’interprétation du monument? Et, si oui, en quoi? », remarque-t-il.
 
En fait, pour l’étudiant au 3e cycle, c’est un peu comme si l’accent en recherche, ces dernières années, avait été mis sur l’intégration des technologies plutôt que sur la réflexion derrière cette intégration. « Je veux voir dans quel contexte, dans quel courant historiographique, s’inscrivent toutes ces pratiques. Trop souvent, le premier réflexe, c’est de placer des éléments liés aux nouvelles technologies dans un projet ». Il réalisera cela en distinguant également les modèles 3D pensés par souci de préservation patrimoniale de ceux réalisés d’abord pour l’avancement de la recherche. Son doctorat, Mathieu Rocheleau le réalise conjointement à l’Université Laval et à l’Université de Bordeaux 3. Cela fait plus d’une dizaine d’années qu’il s’intéresse à la modélisation 3D : d’abord lors de ses études de baccalauréat en histoire à l’UQAM et ensuite, pendant la réalisation de sa maîtrise en histoire et production multimédia à l’Université de Sherbrooke. Sans oublier son emploi au ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, où il a agi comme conseiller à l’intégration des technologies de l’information en enseignement au sein du Réseau pour le développement des compétences par l’intégration des technologies (RÉCIT) en univers social.
 

Répertorier et analyser les objets et modèles 3D créés au fil des années

 
Quant à sa thèse de doctorat, ce sera tout sauf une étude de cas. À cet effet, Mathieu Rocheleau est clair : « Jusqu’à présent, tous les travaux de maîtrise ou doctorat dans le domaine sont liés à un projet vraiment précis. De mon côté, je souhaite réussir à proposer une réflexion théorique et épistémologique plutôt que de réaliser une étude de cas. Bien entendu, je ne remets pas en question ce type de projet : moi, je veux simplement savoir qu’est-ce qu’on fait avec! » La première étape de son projet sera de répertorier les objets et les modèles créés au fil des années et de les analyser. Pour se faire, il compte procéder par grille d’évaluation permettant ainsi de voir quel a été leur apport à la recherche, quel fut leur processus de réalisation et quelles technologies ont été nécessaires pour leur développement. « Une fois cela fait, je serai en mesure d’offrir un portrait global », précise-t-il. À cela, il ajoute également des rencontres avec des chercheurs actifs dans la sphère de la 3D en sciences historiques afin de voir ce que l’intégration de cette technologie leur apporte. « J’axe ma réflexion dans les pratiques actuelles. Et, là, j’en suis à ma première lancée. Les questions que je pose aujourd’hui vont probablement évoluer demain. »
 
Par ailleurs, sa réflexion, il préfère la situer en sciences historiques plutôt qu’en histoire ou en archéologie, de manière à mettre de l’avant la perspective multidisciplinaire qu’apporte la 3D. Informaticiens, graphistes, ingénieurs, historiens, archéologues et bien d’autres y travaillent ensemble, ce qui nécessite donc, pour lui, à l’intérieur de son étude, une perspective nécessairement globale. « En fait, les modèles 3D devraient devenir une sorte de synthèse des connaissances quant à un lieu, une œuvre », fait-il valoir.