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Lancement de la plateforme Web de la Chaire de recherche sur l'implantation de la prise de décision partagée

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Aider à mieux soigner

 
Grâce à l’Internet, les patients arrivent souvent plus informés et souhaitent jouer un rôle plus actif dans leur santé. Une situation qui a le potentiel de bouleverser les façons de faire dans le système de santé actuel. Une équipe menée par la Dre France Légaré, membre de l'ITIS, s’est penchée sur la question et propose aux professionnels de la santé des outils afin de faire face à cette nouvelle réalité.
 
Certains de ces outils se retrouvent sur un nouveau site Internet traitant de l’Implantation de la Prise de décision partagée dans les soins primaires lancée récemment.
 
« Auparavant, le médecin était porté à prendre seul les décisions pour son patient. Toutefois, certains patients s’affirment davantage aujourd’hui et veulent avoir leur mot à dire dans le traitement qui sera choisi, le comprendre et participer à soupeser cette option», explique Nadine Allain-Boulé, professionnelle de recherche et membre de l’équipe de France Légaré. Une situation qui transforme le rapport patient/médecin et aussi tout autre rapport patient/professionnel de la santé.
 
Est-ce à dire que les patients font moins confiance aux médecins? Pas du tout, dit Nadine Allain-Boulé. « La majorité des gens font largement confiance à leur médecin et veulent s’en remettre à lui pour des questions de santé, mais depuis Internet, les choses ont changé. L’information est plus accessible et l’incertitude scientifique reliée à l’efficacité des traitements y est plus explicite. Sur tous les forums de santé, il y a quelqu’un pour raconter sa mauvaise expérience. La vérité c’est qu’aucun sinon très peu de traitements ne peuvent être efficaces pour 100% des gens qui y adhère. Et ça, personne ne nous le dit! »
 
C’est ce qui a amené la Dre France Légaré à parler du concept du médecin courtier de décisions plutôt que de courtier d’informations. « Cette manière de faire vise à informer le patient de toutes les options qui s’offrent à lui, incluant celle de ne rien faire, avec les risques et les bénéfices qui vont de pair avec ces options. Du côté du patient, cette approche entraîne nécessairement le patient à réfléchir à ce qui lui semble être le plus important pour lui, soit ses valeurs et ses préférences. En effet, quand le patient comprend que des options se présentent à lui et que chacune a des bons et moins bons côtés, il doit être accompagné. On doit l’aider à mieux saisir ce qu’il désire maximiser comme bénéfice probable ou plutôt à minimiser les risques potentiels. Ainsi, il peut davantage s’impliquer dans les choix à faire de façon éclairée plutôt que subir sa maladie », indique Mme Allain-Boulé.
 
Autre aspect positif, les patients qu’on implique dans le processus décisionnel seraient plus nombreux à choisir des options moins agressives. « Il est prouvé que lorsque les patients s’impliquent dans les décisions concernant leur santé, ils vont privilégier des méthodes plus douces si celles-ci comportent des bénéfices similaires, mais moins de risques potentiels que des options plus agressives, affirme la professionnelle de recherche. Ceci les aide à passer au travers et à cheminer plus facilement dans leur guérison. Ils se sentent davantage respectés dans leurs valeurs, leurs croyances : ce genre de facteurs est très important dans la prise de décision du patient et malheureusement, cet aspect est souvent négligé. »
 

Les médecins sont-ils prêts?

 
Et les bienfaits de cette méthode se font également sentir du côté des médecins. « D’une part, ce genre de méthode les rend plus habiles à partager de l’information avec leurs patients, explique Mme Allain-Boulé, et d’autre part, cela peut contribuer à réduire les intentions de porter plainte, car le patient prend une décision éclairée dans laquelle il comprend mieux que chacune des options disponibles comporte son lot de bénéfices et de risques probables qui doivent être pesés attentivement. Cette réflexion les amène à mieux comprendre que leurs valeurs personnelles peuvent aussi les aider à prendre une décision qui sera informée et éclairée. »
 
Mais si cette approche présente autant d’avantages, comment expliquer alors qu’elle soit si peu répandue dans les réseaux de la santé? Nadine Allain-Boulé explique que le principe de prise de décision partagée commence à peine à être inclus dans le cursus universitaire des étudiants en médecine. Toutefois, on remarque des percées embryonnaires en ce sens, notamment à l’Université Laval (grâce au travail de terrain de l’équipe de France Légaré) et à l’Université d’Ottawa.
 
Il reste cependant beaucoup à faire pour sensibiliser le monde médical à cette approche décisionnelle, dit-elle. L’équipe de la Dre Légaré est en train d’implanter une infrastructure destinée à former tant les étudiants, les résidents, les professeurs en médecine que les omnipraticiens.
 
Pour ce faire, l’équipe a récemment mis en ligne un site Internet (decision.chaire.fmed.ulaval.ca) dont le mandat est à la fois d’améliorer la compréhension de cette méthode, d’offrir au personnel médical les outils nécessaires pour l’appliquer, mais aussi d’élaborer de nouvelles stratégies dans la prise de décision partagée et d’en évaluer les impacts.
 
Par exemple, la section boîte à outils propose une liste d’articles scientifiques produits par l’équipe et des présentations traitant du sujet. Elle proposera sous peu des outils d’aide à la décision développés par l’équipe. La section Formation présente les syllabus et contenu de cours dans le domaine pour les étudiants prégradués, gradués et les professionnels de la santé. On y retrouve également une rubrique traitant de la recherche dans le domaine et une autre au sujet de la clinique-laboratoire associée à la Chaire de recherche.