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Colloque 2009 de la SoQibs

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Informatisation en santé : les médecins québécois toujours en faveur mais préoccupés

 
Si les médecins québécois approuvent l’informatisation du système de santé en province, bon nombre continuent de se dire « très préoccupés » par les impacts sur leur pratique. C’est l’avis du Dr Claude Poirier, médecin-chef des services cliniques au Dossier de santé Québec, qui était invité au colloque annuel de la SoQibs les 29 et 30 mai à Drummondville.
 
La SoQibs – la Société québécoise d’informatique biomédicale et de la santé – est l’un des plus importants regroupements en e-santé de la province. À la tête de l’organisation, on retrouve le Dr Jean-Paul Fortin, professeur à la Faculté de médecine de l’Université Laval, expert-conseil en santé publique et membre de l’ITIS.
 
Cette année, les discussions ont essentiellement porté sur les enjeux entourant l’informatisation de la première ligne. Selon le Dr Claude Poirier, le problème ne vient pas de l’implantation proprement dite des technologies dans les milieux de la santé, mais de la perception que les utilisateurs en ont, notamment les médecins.
 
« Ils ne remettent pas en cause l’importance d’informatiser le système de santé, mais nombreux sont ceux qui doutent de leur capacité à s’approprier totalement ces technologies », a-t-il expliqué dans le cadre de sa conférence.
 
Conséquemment, les études à ce sujet font état d’un faible taux d’adhésion des médecins au DME (Dossier médical électronique). En 2006, seulement 23 % des médecins de famille canadiens l’utilisaient contre 12 % au Québec. Plusieurs facteurs expliquent la situation, souligne le Dr Poirier. « Les médecins sont souvent laissés à eux-mêmes devant les fournisseurs de logiciels, indique-t-il. Ils disposent de peu de temps pour se familiariser avec les technologies. Je suis d’avis qu’il faut aider les médecins à choisir les solutions qui leur conviennent et qui correspondent à leurs besoins. »
 

Des solutions à tout


Toutefois, Claude Poirier précise que les médecins sont favorables aux technologies en santé car elles présentent des avantages non négligeables. « Ils embarquent malgré tout dans le mouvement par souci d’améliorer leur pratique. Ils ont le désir d’augmenter l’efficacité de leur cabinet. Le DME leur donne l’impression de mieux connaître leur patient, de rehausser la qualité des soins offerts, de structurer davantage leur organisation et d’établir une meilleure communication des résultats cliniques avec le patient et l’ensemble du personnel soignant. »
 
Un avis partagé par l’ensemble des conférenciers et panélistes invités au colloque de la SoQibs. Pour eux, la mise en place d’un DME n’est pas une fin, mais bien un moyen parmi bien d’autres d’atteindre de nouveaux objectifs. Et pour qu’il y ait succès, croit Jean-François Rancourt, chef du département de médecine générale au CSSS Montmagny-L’Islet, certaines règles doivent être respectées.
 
Le Dr Rancourt a participé à l’élaboration d’une vaste étude sur l’informatisation des cliniques et des établissements de santé au pays. Cette étude a d’abord démontré que la principale clé du succès repose  sur la présence de « champions » dans une clinique ou un hôpital. « Les projets d’informatisation en santé qui ont marché ont bénéficié de Swat Team, notamment en Ontario et en Alberta. Ils étaient pilotés par ce que j’appelle des champions, des leaders qui menaient leurs troupes, les appuyaient et les encourageaient. C’est ce qui a fait toute la différence », dit-il.
 
Un autre facteur de réussite reposerait sur le développement de solutions qui répondent aux besoins locaux et aux réalités régionales. Dans la région de Charlevoix, le CSSS a développé un projet technologique d’envergure soit un portail favorisant l’intégration d’une panoplie de ressources et de données sur les patients. Une solution qui a reçu un accueil favorable.
 
« Nous avons cherché à implanter une formule souple, une formule qui va évoluer avec le temps, est venu expliquer le directeur général du CSSS de Charlevoix, Guy Thibodeau. Notre objectif était d’informatiser le système dans le but de favoriser un meilleur accès aux services pour nos patients tout en réduisant le recours à l’urgence. » Le portail a rallié l’ensemble des gestionnaires du réseau, le personnel soignant et les usagers puisqu’il répondait justement aux réalités régionales, insiste-t-il. Un plan de promotion efficace est également venu appuyer les efforts de déploiement du portail.
 
« Cette solution a malgré tout forcé la transformation de la culture organisationnelle de notre CSSS, précise M. Thibodeau. Mais tous s’accordent pour dire que c’était pour le mieux. »
 
Claude Lévesque, président-directeur général de l’Agence de la santé du Bas-Saint-Laurent, abonde dans le même sens. « Le projet nous a amenés à revoir nos modèles d’organisation, dit-il. Lorsqu’on implante une nouvelle solution technologique dans un contexte où la structure est lourde, il faut se parler et briser la culture du silo. Il est impossible de continuer à faire du silo dans un modèle que l’on veut réseau. »
 
L’argent est également un facteur à ne pas négliger. Les projets à caractère technologique coûtent souvent cher aux organisations. Avant de se lancer, il est impératif de bien définir les coûts monétaires et humains d’un projet, estime le président-directeur générale de l’Agence de la santé de Lanaudière. « Notre dicton est : penser avant plutôt que de subir après, et cela nous a grandement servi, a fait valoir Jean-François Foisy. Nos services informatiques sont désormais regroupés sous un même chapeau et nous disposons des ressources nécessaires – tant financières qu’humaines – pour déployer un réseau solide et fiable. »
 
S’il existe encore plusieurs obstacles à la mise en place et à l’appropriation des solutions technologiques en santé, le Dr Claude Poirier est quand même d’avis que les projets déployés au Québec sont sur la voie de la réussite. « Les avantages de l’informatisation sont nombreux, tant pour le médecin traitant que pour le patient. Avec la montée d’Internet, les patients changent. Ils souhaitent une participation plus grande avec le personnel soignant, une meilleure communication avec les cliniciens et surtout, ils veulent avoir accès à leur dossier de santé. Comme médecins, il faut être à l’écoute de cette nouvelle réalité. »
 

Une autre année record


Cette année, le colloque de la SoQibs a atteint un nouveau sommet en termes de participation, à la grande surprise de ses organisateurs. L’an dernier, l’événement a attiré 175 spécialistes de la santé en 2008 contre 230 cette année. Du jamais vu.
 
À l’annonce des résultats, le président de la SoQibs, le Dr Jean-Paul Fortin, n’a pas caché sa joie. « Nous avons été à la fois heureux et estomaqués de voir autant de participants, nous n’en revenions pas! » Ce fort taux de participation vient en quelque sorte légitimer l’existence de la SoQibs, croit M. Fortin.
 
« Nos membres nous en envoyé un message clair à l’effet qu’ils souhaitent désormais voir la SoQibs se moderniser et grandir afin de jouer un rôle encore plus actif dans les dossiers touchant à la télésanté, dit-il. Si le nombre d’inscriptions continuent de croître à ce rythme, il est certain que nous devrons compter sur une logistique plus efficace dans les années à venir. D’ailleurs, nos membres ont demandé à ce que plus de rencontres soient organisées : une seule par année n’est plus suffisante. Il nous faudra diversifier nos actions. Bref, tout cela est très stimulant et arrive à un bon moment. Nos troupes sont prêtes pour d’autres défis. »
 

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