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Colloque "Génération C"

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La Génération C, de grands adeptes des TI

 
C’est par le dévoilement de sa vaste enquête sur la Génération C que le Cefrio a donné le coup d’envoi de son colloque international qui s’est déroulé les 20 et 21 octobre au Centre des congrès de Québec. L’événement, qui affichait complet depuis plusieurs mois déjà, a réuni plus de 500 participants et quelque 50 conférenciers de renom provenant de partout dans le monde.
 
La Génération C se définit comme celle des jeunes nés entre 1982 et 1996, lesquels sont donc présentement âgés entre 12 et 24 ans. On les appelle C en référence aux termes créer, communiquer et collaborer.
 
Réalisée en collaboration avec Léger Marketing, cette étude fait le point sur les perceptions et les comportements des 12-24 ans face aux technologies de l'information et sur les usages qu'ils en font. Au total, 2 000 jeunes Québécois ont été sondés par téléphone ou par Internet et ont ainsi permis d'explorer en quoi leur utilisation des TI et d'Internet change et changera leur façon d'étudier, de travailler, de consommer et même d'exercer leur rôle de citoyen.
 
Sans grande surprise, l'enquête Génération C révèle que les 12-24 ans comptent parmi les grands consommateurs de technologies de l'information de notre société. Ainsi, 84 % d'entre eux possèdent un lecteur de type MP3 (un iPod, par exemple), 64 % ont un ordinateur de bureau, 60 % une console de jeu vidéo, 57 % un téléphone cellulaire conventionnel, 39 %, un ordinateur portable et 5 % un cellulaire intelligent (comme un BlackBerry). Si les garçons sont plus susceptibles de détenir un ordinateur de bureau, une console de jeu ou un cellulaire intelligent que les filles, celles-ci sont par contre plus nombreuses à posséder un cellulaire.
 
Côté connexion, 91 % des jeunes Québécois ont accès à Internet haute vitesse à la maison. Le sondage nous apprend également que les 18-24 ans sont de plus grands utilisateurs d'Internet que les 12-17 ans. Les premiers passent en moyenne 22 heures par semaine sur Internet, comparativement à 16 heures pour les seconds.
 

Que font les jeunes sur Internet?


La presque totalité des jeunes, soit 85 %, cherchent de l'information ou communiquent par courriel, 74 % clavardent, 71 % écoutent de la musique en ligne, 62 % visitent des sites de réseautage (Facebook, MySpace, etc.), 49 % participent à des concours et 45 % s'adonnent à des jeux. Encore là, les usages diffèrent selon le sexe. Les filles communiquent davantage alors que les garçons se divertissent et consomment avant tout (achats en ligne, lèche-vitrine virtuel, jeux en ligne, petites annonces, téléchargement ou écoute de films et de vidéos, etc.).
 
Enfin, la proportion de jeunes qui utilisent Internet pour créer et diffuser de nouveaux contenus est nettement plus faible. Ainsi, seulement 5 % des jeunes écrivent dans un wiki ; 8 % font connaître leur opinion sur un produit donné, 12 % transfèrent des vidéos vers des sites comme YouTube et 13 % téléchargent des photos vers un site comme Flickr.
 

L’impact sur le travail


Lorsqu'on demande aux jeunes Québécois de 16 à 24 ans quels sont les trois principaux critères qui les guident dans la recherche d'un emploi, 51 % parlent du niveau de stabilité du poste offert, 42 % du salaire et 40 % de la flexibilité quant aux horaires et au choix du lieu de travail.
 
Par ailleurs, seulement 33 % des jeunes considèrent l'ampleur des défis à relever comme l'une des variables les plus susceptibles d'orienter leur décision, tandis que 24 % recherchent surtout une ambiance de travail "cool et jeune". Pour ce qui est de la place que le futur employeur accorde au travail d'équipe ou aux technologies de pointe, seulement 21 % et 11 % respectivement des membres de la génération C semblent beaucoup s'en préoccuper.
 
Selon Réjean Roy, conseiller principal au CEFRIO, l'usage plus ou moins important des technologies de l'information par ces jeunes aura un impact sur leur choix de carrière. « On constate que les grands utilisateurs sont plus susceptibles de vouloir travailler dans le secteur privé que les petits utilisateurs. Les petits utilisateurs, eux, seront plus enclins à vouloir travailler dans le secteur public », dit-il.
 
Il ajoute que les personnes types qui voudront travailler dans le secteur public sont plus souvent des filles, proviennent plus généralement de l'est du Québec et sont plus souvent francophones. La situation est inverse pour le secteur privé que convoiteraient majoritairement les garçons de la génération C.
 

Faut-il avoir peur de la Génération C?

 
On entend de plus en plus dire que la Génération C au travail est différente de celles qui l’ont précédée. Mais qu’en est-il vraiment? La question a été posée à des jeunes « C » dans le cadre d’une table ronde réunissant quatre jeunes travailleurs et deux étudiants du secondaire lors du colloque du Cefrio.
 
Génération de la collaboration, de la communication et de la création, la Génération C – celle des 12 à 24 ans – est-elle réellement si différente des autres? Les participants à la table ronde ont d’abord tenu à déboulonner certains mythes tenaces entourant le marché du travail.
 
« Quand j’entends dire que notre génération est plus capricieuse, je ne suis pas d’accord, tranche Véronique Lessard, conseillère en ressources humaines chez Beenox à Québec. Ce n’est pas d’être capricieux que de savoir ce que l’on veut, ce que l’on ne veut pas, ce que l’on vaut et ce que l’on attend d’un milieu de travail. Moi, j’appelle ça de la détermination.
 
Pour cette génération, le climat de travail favorable est un élément essentiel quand vient le temps de choisir un employeur. « On veut aussi des organisations qui vont nous donner de la flexibilité dans nos horaires. On ne veut plus nécessairement travailler de 9 à 5 : la mise en place d’horaires atypiques combinant le télétravail nous attire de plus en plus », a pour sa part fait valoir Vincent Rabault, animateur et journaliste à la Radio X de Québec.
 
Toutefois, ils sont les premiers à admettre que certains employeurs pourront difficilement leur offrir de telles conditions de travail, mais ils s’en accommodent. « Dans la fonction publique par exemple, l’horaire atypique peut relever de l’utopie, alors que ce sera plus facile à réaliser dans le privé. Mais si le gouvernement m’offre en revanche un salaire et des avantages très intéressants, je pourrais me laisser tenter », a quant à elle mentionné l’étudiante Émilie Mc Kinnon Côté.
 
La question du salaire a aussi fait surface lors des discussions. Fait surprenant, les six invités se sont entendus pour dire qu’ils accepteraient un salaire plus bas que celui souhaité en échange d’un milieu offrant des défis à leur mesure. Cela a justement été le cas de Véronique Lessard, qui n’a pas hésité à quitter Desjardins pour Beenox. « J’ai accepté une baisse de salaire en entrant chez Beenox, explique-t-elle, mais en retour on m’offrait ce dont j’avais toujours rêvé : une ambiance de travail géniale, de gros défis, de vraies possibilités de progression dans l’entreprise. Chez nous, j’appelle le grand boss par son prénom, il me connaît et sa porte m’est toujours ouverte. C’est tellement trippant! ».
 

TI au primaire: l’école accuse un retard énorme

 
Si les jeunes n’ont pas attendu l’école pour intégrer les technologies de l’information à leur quotidien, l’inverse est loin d’être aussi vrai. C’est l’avis d’experts du milieu de l’éducation invités au colloque du Cefrio sur la Génération C. Selon eux, les écoles québécoises accusent un retard technologique énorme.
 
L'usage des technologies à l'école primaire et secondaire a été passé sous la loupe lors d'un atelier présenté au colloque du Cefrio, les 20 et 21 octobre à Québec. François Guité, coordonnateur du Réseau d'information pour la réussite éducative (RIRE) du CTREQ, estime que le fossé actuel est davantage culturel que technique. « Les technologies de l’information ont induit un nouveau rapport dans l’enseignement, particulièrement dans le cas du primaire et du secondaire, dit-il, mais cela ne se traduit pas toujours dans la réalité. »
 
Il s’inquiète du fait que les universités n’ont pas adapté leur formation des maîtres en fonction de la montée en force des technologies. « Les futurs enseignants ont une très faible connaissance de la culture de la technologie. On les forme avec d‘anciennes méthodes d’enseignement », déplore-t-il.
 
Il est d’avis que le changement ne se fera pas aussi vite que certains l’auraient souhaité, lui le premier. « Déjà, nous préparons les élèves à occuper des emplois qui n’existent pas encore et à utiliser des technologies encore non inventées. Il faudrait que les enseignants aient plus que des connaissances de base en TI. »
 

Un tournant


Heureusement, bon nombre d’éducateurs ont compris que le milieu scolaire doit s’adapter à cette nouvelle réalité. Le Centre d’apprentissage du Haut-Madawaska, situé à Clair au Nouveau-Brunswick, est maintenant considéré comme un laboratoire de projets technologiques en éducation.
 
Pour le directeur, Roberto Gauvin, la mise en place de nouveaux projets technologiques demande un investissement de temps et d’énergie. Pourtant, il n’hésite pas à le faire. « Le monde ne va pas attendre que les enseignants soient prêts pour la technologie. Les enseignants doivent apprendre à sortir de leur zone de confort. La technologie avance, fait partie du quotidien et les élèves auront besoin de la maîtriser une fois adulte », dit-il.
 
Trop souvent encore, on lui demande des preuves que « la technologie, ça marche ». « Il y a des compétences qui ne se mesurent pas dans des examens du ministère. » Du reste, il est convaincu que l’utilisation de la technologie motive les élèves et leur permet de s’engager davantage dans leurs apprentissages.
 
Pour sa part, Ronald Canuel, directeur général de la Commission scolaire Eastern Township, est venu défendre l'ouverture de sa commission scolaire aux technologies. En 2003, sa commission scolaire a fait l’acquisition d’ordinateurs portables pour l’ensemble des élèves et du personnel. « Nous n'avons pas dépensé d’argent, nous avons investi dans nos jeunes et dans notre communauté, » répondit-il systématiquement à ses détracteurs.
 
« Je ne suis pas un technologue, je suis un enseignant et un militant pédagogique et je crois que la technologie est un outil qui permet aux jeunes de s’engager en leur offrant un plus pour l’avenir. Je ne me pose pas de question sur le comment, je juge que l’ordinateur est un outil pertinent aujourd’hui et j’ai offert cet outil aux élèves. Personne ne se demande si c’est pertinent d’avoir des crayons et des manuels dans une école. »
 
D’après lui, il y aura toujours 10 à 15 % de gens plus réfractaires au changement dans les organisations. « En éducation, il ne faut surtout pas s’arrêter à ceux-ci. Il faut simplement penser offrir le meilleur environnement possible aux jeunes. »
 

Mon réseau au boulot

 
Il faudra s’y habituer : les jeunes de la Génération C qui entrent sur le marché du travail vont consacrer du temps sur leurs heures de boulot à fréquenter des sites tels que Facebook, Twitter, My Space et YouTube. Mais cela aura du bon, croit Dannah Boyd, la grande prêtresse du réseautage social.
 
Invitée au colloque du Cefrio sur la Génération C, Dannah Boyd en connaît un rayon au chapitre du réseautage social. Surnommée l’une des femmes les plus influentes dans le milieu des technologies en Amérique, elle explore depuis longtemps les méandres des médias sociaux collaboratifs.
 
 
Ethnologue de formation, Dannah Boyd estime que les organisations n’auront d’autres choix que d’accepter le fait que les « C » ne vont pas délaisser leur réseau social dès leur arrivée au boulot le matin. « Cela fait partie intégrante de leur vie, ils y consacrent beaucoup de temps chaque jour. Par exemple, leur page Facebook est devenue le reflet de leur personnalité, de leurs goûts, de leurs projets. Mais on découvre de plus en plus que ce genre d’outils a pour eux d’autres finalités, surtout sur le plan professionnel. »
 
Les exemples qui le démontrent sont nombreux, à son avis. « Il n’est pas rare de voir un « C » se tourner vers son réseau en ligne pour trouver un contractuel à la demande de son patron, dénicher la réponse à une question, se faire aider dans la résolution d’un problème : tout cela est à l’avantage des organisations. »
 
C’est aussi l’avis d’une autre conférencière, Jennifer Okimoto, partenaire associée chez IBM aux États-Unis. Spécialisée en gestion du changement dans les organisations, elle conseille depuis 17 ans les gestionnaires pour les aider à comprendre l’impact des TI sur leur entreprise.
 
« Au lieu de se méfier de ses employés et de ce qu'ils font sur l'Internet, une organisation devrait construire une plateforme de collaboration et profiter des outils qui sont à sa disposition. »