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OpenCamp Québec 2011

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Réflexions et hypothèses autour du logiciel libre et du Web 2.0

 
Ils étaient un peu moins d’une centaine à être regroupés dans l’auditorium de l’ENAP, mercredi 16 février 2011 pour un premier OpenCamp à Québec. Une formule ouverte et discursive. Des thèmes et des réflexions amenés à l’avant-scène, pour être rattrapés et approfondis en plénière. Sur place, des acteurs du logiciel libre, des spécialistes issus de la sphère privée ou publique, des experts de l’Université Laval et des étudiants. Survol des discussions d’un après-midi riche en questions et réflexions.
 

Changement de culture

 
D’emblée un constat : on assiste à un changement de culture. À travers l’omniprésence des réseaux sociaux et du Web social, certes. Mais également via l’émergence de la Génération C faisant actuellement son entrée sur le marché du travail et risquant, à terme, d’en redéfinir les paradigmes.
 
Dans ce contexte, comment devrait s’intégrer et se développer le logiciel libre?
 
Interrogation dans la salle : est-ce que le libre réussira à s’intégrer à un modèle d’affaires viable? C’est déjà fait, assure un participant. « Actuellement, la question n’est pas de savoir si le logiciel libre est viable, des compagnies comme RedHat ayant déjà prouvées que oui. Le défi, c’est plutôt de trouver les bons projets liés au libre à insérer au marché et trouver les bons intervenants à qui les proposer. »
 

Gouvernements et Open Source

 
Une réflexion qui introduit le cœur des discussions de l’OpenCamp : l’intégration de l’Open Source et du logiciel libre au gouvernement. « Une bombe vient d’être lancée : n’y aurait-il aucune volonté publique de se diriger vers l’Open Source? », peut-on lire sur #opencamp, via Twitter. Une déclaration qui mène vers un débat quant à la stratégie à préconiser pour les acteurs du libre afin de faire leur entrée au gouvernement.
 
Dans la salle, deux tendances : par la base, les administrateurs de système; par le haut, ceux qui mettent en place les politiques. En cours d’échange, une réflexion ressort : « Ce qu’on doit prendre en compte, c’est que le libre est une révolution organisationnelle plutôt que technologique, venant ainsi perturber les modèles organisationnels qui devront s’adapter à cette nouvelle réalité. En ce sens, il vaut mieux s’adresser à ceux qui organisent la machine, plutôt qu’à ceux qui la font marcher ».
 
Une discussion entamée dans un contexte où l’on semble espérer l’arrivée du gouvernement au sein du Web 2.0, social et ouvert, à travers une variété de propositions lancées dans l’auditorium de l’ENAP : intégration des citoyens dans des programmes de surveillance, comme Info Nids-de-poule, du CAA Québec; utilisation des médias sociaux ou fils RSS comme moyen d’informer ou d’échanger; intégration du Cloud Computing; mise en place de services Web API ouverts. Bref, amener l’État québécois à s’inspirer des initiatives britanniques ou australiennes, plus avancées en cette sphère. « C’est la culture politique qui doit changer », entend-on dans la salle. « Mais, attend-on trop que le gouvernement prenne les devants dans ce dossier? Est-ce que ce ne serait pas plutôt aux citoyens de les prendre? ».
 
C’est là qu’un des participants amène l’idée du timing.
 
« C’est la clef, dit-il. Il faut arriver à la fin du cycle de vie d’un logiciel, éviter d’arriver à mi-parcours. Il faut être là, mais, à long terme, afin de remplacer une idée par une autre idée. L’intégration du libre, il faut voir ça comme une relation à long terme. »
 

Freins et obstacles

 
Mais, bien entendu, face à ces objectifs jaillissent aussi des obstacles, des freins potentiels à l’intégration du libre. L’idée de gratuité, par exemple : « Est-ce que le monde OpenSource serait plus populaire ou plus attrayant s’il n’était pas gratuit », suggère un membre de l’assistance, sur Twitter. « À travers le libre, il faut trouver quelle est la plus value qu’un gestionnaire peut y trouver. Est-ce que ça prend des success stories? », fait valoir un autre. Et comment également amener les organisations à envisager l’avenir à long terme? « Les gens vont faire le choix d’architectures en fonction de besoins ciblés dans le temps. Le problème, c’est que les besoins évoluent et, en ce sens, le logiciel libre, c’est un moyen pour être en mesure de s’adapter ».
 
Mais la solution OpenSource est-elle suffisamment visible? « Pourquoi est-ce que les entreprises Open Source ne viennent-elles pas aux salons d’hommes et de femmes d’affaires? Pourquoi est-ce qu’il n’y a pas de magasins ayant pignon sur rue où les gens équipés Linux pourraient obtenir des services? Le monde du logiciel libre est invisible », lance un des participants.
 

Vers le Web 3.0

 
Et, alors qu’on est en train d’intégrer, peu à peu, le Web 2.0, l’univers de l’informatique, lui, est en train de voir une autre révolution arriver, le 3.0.
 
Du 1.0, dans lequel l’information est présentée, via logiciel client, en HTML, on est passé au 2.0, le Web social et collaboratif. Le 3.0, c’est le Web sémantique. Le partage d’informations, rendues disponibles en format RDF, utilisées par les internautes pour le développement d’application permettant la mise en valeur de ces données, brutes. Autour de cette révolution en cours, un cri de ralliement : « Donnez-nous vos données ».
 
En Grande-Bretagne, on s’affaire actuellement à la mise en œuvre du 3.0, notamment via le portail DataGouv. L’État y a publié 5 600 bases de données converties en RDF, disponibles pour  la création d’applications et autres développements. « Est-ce que c’est à l’État de créer des applications? Non. C’est à l’État de formuler les données pour qu’à partir de celles-ci il puisse y avoir des applications qui se créent », explique-t-on.
 
Mais, une crainte dans la salle : n’y a-t-il pas un risque pour le respect de la vie privée?
 
Débat dans l’audience autant que sur #opencamp. « Nos données ne sont pas privées. Il y a aura toujours des fuites : autant formaliser et organiser leur publication » dira l’un. « Il y a moyen d’agréger des données, ce n’est pas parce que, à la base, des données sont nominatives qu’elles ne peuvent pas devenir anonymes et ouvertes », dira l’autre. Et ces données ne sont-elles pas déjà, en partie, disponibles via des portails tels Facebook ou LinkedIn? Et, éventuellement, le profil Facebook ne risque pas de devenir plus fiable qu’un NAS pour identifier un individu?
 

Synthèse interrogative

 
Des questions qui amènent d’autres questions. Des hypothèses qui suscitent d’autres hypothèses. Toutes importantes, pertinentes, autour de l’avenir du libre. « C’est en utilisant les meilleures technologies qu’on va régler les problèmes dans le domaine. Tout ce dont on a discuté, aujourd’hui, ce sera certainement parmi les grands défis des dix prochaines années », conclut l’un des organisateurs de l’OpenCamp.
 
Et de cet après-midi d’échanges, on peut bien, ici aussi, retenir quelques questions autour de cet OpenCamp, auxquelles, tôt ou tard, il faudra trouver des réponses définitives… Comment amener le libre à prendre plus de place dans la société? Comment amener gouvernements et institutions à intégrer ce type de solution? Comment se place l’avenir du libre dans le contexte de l’évolution du Web? Et comment entreprises, gouvernements et institutions devraient intégrer le virage, en cours, du Web 2.0 et celui, à venir, du 3.0?