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Boule de cristal du CRIM, édition 2011 (1)

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Révolution collaborative, révolution mobile

 
Une partie de la conférence La Boule de cristal du CRIM, au Palais des congrès de Montréal les 6 et 7 avril 2011, a été consacrée aux récentes révolutions amenées par le Web et les technologies de l’information : révolution mobile et révolution collaborative. Deux nouvelles perspectives qui ne peuvent que changer la relation entre travailleurs et entreprises, entre innovation et commercialisation. Bref survol d’une série de questions et considérations d’intérêt.
 
Au Québec, les TI, c’est 5,1% du PIB, 131 000 emplois et 7 582 entreprises. Leur revenu collectif : 34,5 milliards de dollars. Le tout accompagné de 947M$ d’investissement annuel en recherche et développement. « En fait, tous secteurs confondus, c’est là où l’on trouve le plus haut niveau d’investissement », rappelle, en ouverture de colloque, le président-directeur-général du CRIM, Daniel Blanche.
 
« On est en train de voir une transformation de nos façons de faire en tant que consommateurs, en tant qu’entreprises et en tant que gouvernements. La technologie a transformé notre environnement et cette évolution va se poursuivre à vitesse grand V. En fait, la technologie change déjà le futur alors qu’on peut maintenant imaginer des façons de faire qu’on aurait pu envisager il y a quelques années », souligne François Côté, président de TELUS Québec.
 

Révolution collaborative

 
Ce penchant pour les technologies a changé tous les aspects de la vie autant qu’il a changé la manière par laquelle chaque être humain connecte avec les autres : un élément lancé, vivement, par Anthony Williams, chercheur, consultant et coauteur du livre Wikinomics and MacroWikinomics. « Actuellement, nous sommes dans un modèle lié à la collaboration », indique-t-il. Il faut dire que c’est via ce mode de production que sont réalisées les plateformes les plus dynamiques qu’on voit apparaitre. Exemple? LINUX ou Wikipedia. « Et si des millions de gens peuvent créer une encyclopédie du savoir humain, ou un code qui appuie 80% de la structure du Web, que peuvent-ils créer d’autre? ».
 
Ainsi, selon M. Williams, à l’intérieur de ces projets, on saisit un tissu incroyable de connectivité qui, à sa façon, vient redéfinir ce qu’est une communauté. Partout dans le monde, on peut ainsi se regrouper en fonction d’intérêts communs, créer et innover. En ce sens, les entreprises doivent également tendre à changer de culture, car cette innovation se fait désormais autant à l’interne qu’à l’externe.
 
À ce titre, on site l’exemple de P&G : « Pour chacun des 9 000 employés hautement qualifiés les chasseurs de têtes de l’entreprise avaient identifié au moins 200 candidats, aussi talentueux qu’eux. Cela soulève une question : comment s’assurer que l’entreprise puisse profiter de ce bassin externe? ».
 
Peut-être que la clef n’est plus dans l’innovation mais dans la commercialisation de l’innovation. Comme dans le cas du App Store, d’Apple. Ou encore dans une redéfinition du concept de « propriété intellectuelle », à l’image de celle réalisée par Nike. « Ayant créé une forme écologique de caoutchouc, elle a décidé, plutôt que de s’accaparer cette technologie, de la rendre plutôt disponible pour tous, gratuitement, sur le Web, disant qu’il faut partager pour accélérer le virage vert », explique Anthony Williams. C’est d’ailleurs cette perspective qui a mené l’entreprise à créer le Green Exchange, sur lequel des découvertes profitables à l’environnement peuvent être partagées, libres de droits.
 
Nécessairement, le recours à l’expertise externe peut rendre également le processus d’innovation plus rapide, plus efficace. À ce titre, M. Williams a cité l’exemple du projet Galaxy Zoo. Deux chercheurs, après avoir pris des photos de plusieurs millions de nouvelles galaxies, ont diffusé leurs découvertes sur le Web. L’objectif était simple : solliciter la participation d’internautes afin de catégoriser ces galaxies, libérant ainsi plus rapidement les chercheurs de ce travail important, mais clérical. « Lorsqu’ils ont lancé leur site, ils croyaient que 200 personnes, peut-être, viendraient leur porter main forte. Ils en ont eu 250 000! ».
 

Dix idées pour l'entreprise collaborative

 
Question de facilité ce « virage collaboratif » pour les entreprises et institutions, Anthony Williams a proposé aux personnes présentes dix idées afin de passer des médias sociaux aux business sociaux, de changer la culture et l’approche d’affaires des entreprises.
 
Quelles idées? D’abord, être de plus en plus sérieux quant à l’innovation : « Peut-être offrir aux employés 20% de leur temps de travail afin de le consacrer à leurs projets personnels en recherche et développement. Quelques-unes des innovations les plus importantes des dernières années sont issues de ce temps personnel : si vous souhaitez que vos employés innovent, donnez-leur le temps de le faire! ». À ce titre, d’ailleurs, M. Williams souligne que l’innovation doit être l’affaire de tous les employés et doit également être appuyé par des possibilités de réseautage ainsi que de regroupement. À ce titre, on peut imaginer un logiciel de type Facebook disponible aux employés à l’interne.
 
Au cœur de tout cela, il s’agit également de créer une culture de collaboration dans l’entreprise. « Le gérant doit faire un vrai effort pour répondre aux idées des employés, le patron doit travailler de façon collaborative. Les meilleures idées doivent survivre, indépendamment de l’endroit d’où elles sont issues dans la compagnie », poursuit M. Williams. Selon lui, tout cela présuppose une réorganisation de l’entreprise : rendre la hiérarchie plus malléable, limiter les frontières dans l’organisation et appuyer le développement de cet écosystème par la création de plateformes de diffusion.
 
Par ailleurs, il faut également repenser la notion de propriété intellectuelle au sein de l’organisation. « Un peu à l’image du quotidien britannique The Gardian qui a créé une boutique de données : l’utilisation est gratuite dans une perspective non-commerciale et, s’il y a un développement commercial d’envisagé, il y a possibilité de négocier des ententes d’affaires. De cette manière, le consommateur est lui aussi dans l’équipe d’idéation, d’innovation ».
 

Révolution mobile

 
Dans un contexte de plus en plus collaboratif, les humains d’un peu partout sont de plus en plus connectés. L’avènement du mobile est, selon plusieurs, la prochaine grande révolution informatique, après le main frame, l’émergence du PC et l’Internet. « Le marché du mobile grandit constamment. On parle d’une croissance de 72% par année pour la demande de téléphones intelligents. Selon les estimés qu’on a actuellement la moitié des Canadiens aura un téléphone intelligent d’ici 2013 », souligne Alon Kronenberg, chef du groupe-conseil Applications mobiles pour Services d’affaires mondiaux IBM.
 
La technologie est non seulement adoptée par beaucoup de citoyens. Et cela, rapidement. Très rapidement. « Ça a pris 75 ans pour que le téléphone soit adopté de façon massive, 60 ans pour l’électricité, 16 pour la téléphonie cellulaire ».
 
Le mobile a également l’avantage de savoir où l’on est, grâce à la géolocalisation. « Le lieu peut donc mieux définir l’usage qu’on fait du téléphone et de ses applications », précise M. Kronenberg. Utilisation plus précise, donc. Et immédiate. « Pour des réservations de chambres d’hôtel, lorsqu’on utilise le Web, dans 70% des cas, on le fait pour des réservations dans les prochains jours, à une distance supérieure à 80 kilomètres du lieu d’où on fait la réservation. En ce qui concerne le mobile, 70% des réservations sont faites pour le soir même, dans un rayon d’environ 25 kilomètres ».
 
Dans ce contexte de mobilité, l’entreprise tendra également à changer. « On est dans un monde où toutes les entreprises souhaitent être les plus globales possible », souligne Cigisbert Rathier, président de Solutéo. Pour lui, l’idée est donc d’utiliser le téléphone intelligent et d’en faire une extension du bureau, d’offrir la possibilité à l’employé de devenir, grâce aux technologies, un « travailleur mobile ». « Pourquoi l’entreprise paie-t-elle un téléphone intelligent à ses employés? Quelle est la valeur qu’y trouve l’entreprise? Si l’outil est connecté au réseau de l’entreprise, ça fait un travailleur seul, oui, mais productif. Si le mobile n’est pas connecté au réseau de l’entreprise, alors, ce n’est qu’un jouet ».
 
Selon M. Rathier, avec du matériel, appuyé par un système d’exploitation, des réseaux, des applications et des usagers, on peut créer un réseau mobile fonctionnel pour une entreprise et, ainsi, sauver des coûts autant en temps qu’en ressources humaines. « Et la solution préconisée doit intégrer le processus d’affaires », précise-t-il.
 

Collaboration mobile

 
Pour préciser les outils de géolocalisation du téléphone intelligent, il faut donc des données partagées et développées de manière collaborative. « En fait, il y a clairement un pont à faire entre le mobile et le partage de données. Rendre les informations disponibles permet, justement, de favoriser et maximiser les possibilités qu’offre le téléphone intelligent », souligne Nicolas Gaudreault, vice-président Médias numériques pour le Groupe Pages jaunes.
 
Avec l’émergence du Web sémantique, Groupe Pages jaunes a choisi de rendre ses données disponibles, pour qui veut les utiliser, via le portail Yellow API. « Traditionnellement, on dirait que la valeur d’un contenu est liée à son exclusivité. Toutefois, la vraie valeur de ce contenu, c’est la mise en contact entre marchands et consommateurs. En ouvrant notre contenu, on exporte notre modèle d’affaires et on multiplie l’impact qu’on peut avoir », explique M. Gaudreault.
 
Depuis la mise en ligne de Yellow API, la banque de données a été intégrée par Yahoo ou encore CBC.ca. « C’est illusoire de compétitionner contre d’autres développeurs. Notre objectif, c’est plutôt de s’intégrer à l’écosystème et d’en aider le développement. Actuellement, il y a 700 développeurs qui utilisent nos données ». Groupe Pages jaunes favorise l’utilisation de sa banque de contenu à travers une participation à des évènements de type HackFest, des compétitions de développement d’application. La base de données du Groupe, à force d’utilisation, devient la base de données de référence. Et, au final, la définition de « compétitivité » change : il peut y avoir collaboration entre entreprises oeuvrant dans un même secteur d’expertise.
 
Mais, actuellement, le défi de rendre la téléphonie accessible demeure, selon François Côté, président de TELUS Québec : « Il faut rendre possible la mobilité à tous les Canadiens. Plus que jamais, la révolution mobile est en cours et transforme notre manière de faire des affaires ».