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Boule de cristal du CRIM, édition 2011 (2)

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Repenser le système de santé en fonction des TI

 
La question de la santé et des technologies de l’information a été abordée lors de Boule de cristal du CRIM, tenue les 6 et 7 avril 2011, à Montréal. Au fil d’une table ronde animée par l’un des chercheurs membres de l’ITIS, le docteur Jean-Paul Fortin, professeur au Département de médecine sociale et préventive, plusieurs regards ont été portés sur le dossier santé et sur l’apport, nécessaire, des TI dans le domaine.
 
Selon le docteur Jean-Paul Fortin, le modèle de la maladie chronique doit être placé au cœur du système. Avec, pour point de départ, un patient informé et motivé. Et une équipe de soins formée et proactive, question de voir venir. « La dynamique entre ces deux univers est fondamentale et se place dans un contexte plus large qu’uniquement une relation patient dans le bureau du médecin », précise-t-il. De l’ensemble de ces considérations, il devrait résulter une transformation du réseau et des façons de pratiquer la médecine. « Mais pour être capable de progresser, il y a nécessité de soutenir l’innovation : on ne peut pas développer un système statique, car sinon, on sera dépassés d’ici 5 ans! ».
 
Comment s’assurer que cette innovation se fait, que le système évolue? « Il faut miser sur les forces du terrain : il y a des milieux plus ouverts, plus dynamiques, qu’il faut mettre à profit pour qu’ensuite on observe un effet "tâche d’huile"». Pour ce faire, on doit s’assurer également de briser les frontières entre différents services ou unités, question d’agir collectivement. Et, pour réaliser cette évolution, les technologies de l’information et des communications sont essentielles. « Le réseau ne pourra pas évoluer de façon majeure sans les intégrer », poursuit Jean-Paul Fortin.
 
Pour accomplir tout cela, le Dr Fortin propose une série d’objectifs, de balises. Notamment, il s’agit de partager une vision globale, d’assurer une bonne synergie entre le central, le régional et le local ou encore de respecter les forces de chaque milieu d’intervention. À cela, il faut ajouter une pratique centrée autour du patient, clinique et terrain, à l’intérieur d’un système intégré, interopérable et capable d’évoluer. Au final, il faut également être en mesure d’utiliser les données pour des fins administratives.
 

Des solutions TI des les hôpitaux

 
Pour favoriser l’intégration des technologies de l’information par les professionnels du réseau de la santé, on doit nécessairement stimuler la création de logiciels utilisables par les cliniciens. « Pour s’assurer qu’il y ait un retour sur l’investissement, il faut que l’interface clinicien fonctionne bien et il faut que le logiciel permette de livrer un soin au coût le plus bas, mais avec la qualité la plus haute. Il faut aussi suivre le changement et bien saisir quel impact le logiciel aura pour le clinicien : est-ce qu’il pourra gagner plus d’argent ou voir plus de patients? », note le docteur Allen Huang, professeur agrégé de médecine à l’Université McGill.
 
Le Dr Huang utilise le logiciel Medical Office for the 21st Century ou MOXXI, un système de gestion des médicaments pour les patients. Bien utilisé, le logiciel permet d’améliorer la qualité des soins et devient également un véritable entrepôt de données cliniques à l’usage de la recherche ou de la santé publique.  Il ne reste plus qu’à améliorer l’interface personne-machine et à favoriser l’intégration des technologies sans fil pour en bonifier l’utilisation, selon lui.
 
Par ailleurs, au CHUQ, plusieurs solutions liées aux TI ont également été mises en place : l’une liée à la création d’un dépôt régional des résultats cliniques, via la plateforme CristalNet, et l’autre, CHUQ sans frontières, un outil Web, permettant de bonifier les liens entre familles et enfants naissants hospitalisés. Il s’agit de page Web personnalisées doublées d’outils de téléconférence, permettant d’observer la croissance du bambin, à distance. « Depuis le lancement de cette solution, on a eu 1 000 demandes de visioconférence. Ça montre qu’on répond à un besoin de la population », souligne Jean Boulanger, directeur des technologies de l’information au CHUQ.
 
La troisième initiative du CHUQ, le projet ACCORD, est présentement en montage. « On cherche à optimiser le partage de l’information clinique. Le but sera d’amener de l’information de la maison à la première ligne et, si hospitalisation, jusqu’à la troisième ligne », explique M. Bélanger.
 

Des solutions TI dans les cliniques

 
Reste que, de manière générale, l’intégration de tels logiciels est complexe. « Quand on regarde l’intégration de logiciels cliniques comme ceux-là, il y a un certain niveau de complexité qui fait que les échecs sont nombreux. Le processus nécessite donc l’intégration des cliniciens dans le développement avec les intervenants TI en support. L’implantation doit être adaptée au cheminement des gens avec un soutien local rapide et efficace », souligne le docteur Éric Paradis, médecin spécialiste en médecine familiale au Groupe de médecine familiale du Grand Portage à Rivière-du-Loup.
 
Il souligne, en fait, plusieurs enjeux liés à l’adoption de ces solutions : avoir un champion clinique local, assurer une présence dès le départ des données, intégrer des systèmes matures et s’assurer également que la suite logicielle est intégrée et adaptée d’un milieu à l’autre. À cela, il ajoute également la nécessité de formations et de soutien technique, cela à travers une intégration qui respecte la courbe d’adaptation des cliniciens. « La transition doit se faire rapidement, on ne peut pas laisser trop longtemps les gens travailler en deux modes ».
 
Le centre médical du Dr Paradis a mis en place une solution informatique, développée au fil des dernières années, afin d’assurer le suivi des patients souffrant de maladies chroniques. « Il y a le souci d’une approche coordonnée, avec des suivis systématiques, mais l’implication doit également être partagée : le patient doit prendre sa santé en main », poursuit-il. La solution a, pour l’instant, favorisée la communication et l’accessibilité des données à toutes les étapes du traitement autant que la coordination des soins.
 

Des solutions TI dans les réseaux régionaux

 
De manière à bien intégrer ces solutions logicielles et TI, il faut une vision plus globale, à tout le moins, une perspective régionale. Peut-être à l’image de celle dont s’est dotée la région de Lanaudière sous le slogan « Une région, un réseau ». « Depuis cinq ans, on a une vision stratégique partagée, basée sur une gouvernance régionale avec une approche collaborative. En 2010, les établissements et les ressources humaines ont été regroupés sous une seule direction dans un esprit d’optimisation, de partage et de rationalisation. La vision à long terme : c’est un accès rapide et simplifié au dossier de l’usager », résume Jean-François Foisy, président-directeur général de l’Agence de la santé et des services sociaux de Lanaudière.
 
Un projet pilote est en cours impliquant un bon nombre de cliniques et de groupes de médecine familiale liés aux soins des maladies chroniques. « Notre grand défi : c’est l’optimisation de nos processus de soin et de services, une optimisation tissée serrée avec les technologies de l’information et des communications ». Selon M. Foisy, les outils techniques devront être optimisés en fonction des besoins des usagers à l’intérieur de leurs relations avec les intervenants. « Cela dit, un projet d’informatique clinique n’est valable que si certaines conditions sont présentes », souligne Jean-François Foisy. Voici quelques-unes des conditions énoncées par le gestionnaire, à l’image de celles ciblées, précédemment, par le docteur Paradis : gestion continue du changement, optimisation des processus, adoption de mesures et de standards technologiques et cliniques.
 

Engagements de l'industrie

 
De cette situation et de ce survol, Paul Lepage, premier vice-président de TELUS Solutions en santé et en finance, en ressort quelques tendances. « D’abord, il y a une tendance à l’implication accrue du patient : il est prêt à s’engager davantage, comme il l’est déjà dans tous les autres domaines. Ensuite, il y a la réalité collaborative. Si on n’est pas en mesure de prendre de l’information liée aux soins et de l’envoyer à la ligne primaire,  on a un problème », note M. Lepage. À cela, il ajoute la nécessité d’intégrer un indicateur de gestion ou d’outils d’intelligence d’affaires afin de pouvoir réaliser une veille économique sur l’impact de l’intégration des solutions TI à l’intérieur du réseau.
 
Selon lui, il s’agirait également de voir quelle utilisation pourrait être faite du mobile ou des tablettes au sein du réseau. « Actuellement, on le sait, le consommateur est friand de technologies. Par exemple, Apple offre 10 000 applications orientées vers le mieux-être et des portails comme WebMD ont 30 millions de visites par jour. Les médecins d’aujourd’hui sont aussi sur les téléphones intelligents. En 2012, 85% en posséderont. Pour 2011, c’est 65%. Et les tablettes? L’hôpital d’Ottawa fournit des iPad à ses médecins et ceux-ci les utilisent dans leurs rondes ».
 
Il reste que, selon lui, la clef du succès demeure la collaboration des cliniciens. « Les TI ne pourront pas s’implanter sans eux ».