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JIQ 2011

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Les TI comme outils pour construire le Québec de demain

 
Ils étaient 1 600 à être réunis au Centre des congrès de Québec, le mercredi 2 novembre 2011, pour la Journée de l’informatique du Québec (JiQ). Pour cette occasion, les organisateurs avaient préparé un menu bien varié, à la sauce "technologies de l’information", afin d’offrir un panorama des initiatives et perspectives récentes du secteur et de souligner, une nouvelle fois, le grand intérêt des TI comme outils incontournables dans la construction de la société de demain.
 

Les TI, outils de prospérité

 
Premier constat : les TI seront capitales pour assurer la prospérité du Québec en lui permettant de relever, notamment, le défi du vieillissement ou encore l’exode des régions. Comment? « Grâce à l’impact positif qu’elles peuvent avoir sur la productivité. Et ça, c’est d’être capable d’accomplir davantage avec les mêmes ressources. Là-dedans, les TI sont un levier », réponds René Vézina, chroniqueur au journal Les Affaires. Il s’agit, selon lui, d’utiliser les technologies afin de rendre les équipements plus efficaces, de façon à ce que moins de gens soient requis pour un même travail. « Créer ces nouveaux outils, dont on a absolument besoin, ça passe par une sophistication des moyens de communication et de production, qui seraient gérés par des professionnels qui s’y connaissent », explique-t-il. Pour se faire, il s’agit de prendre en compte le génie humain, maximiser sa capacité à anticiper les évènements, plutôt qu’à simplement réagir à ceux-ci et cela, sans faire du travail une obsession. « Il faut savoir profiter des occasions pour avoir du plaisir! »
 
Parallèlement, M. Vézina voit aussi dans les nouvelles technologies ce qu’il décrit comme un « facteur égalitaire », une possibilité, pour les travailleurs de partout dans le monde, de travailler ensemble et de communiquer, sans être obligés d’habiter le même espace géographique. Une approche liée à la connectivité qui, selon lui, pourrait permettre de diminuer la saignée des régions québécoises. « Par exemple, la Gaspésie est devenue la région où l’on a le plus grand accès à Internet, l’une des régions les plus branchées de la province : ça a arrêté l’exode de sa population. Je ne crois pas que ce soit simplement une coïncidence », fait-il valoir.
 

Les TI, outils en santé

 
À ce titre, les technologies de l’information pourraient venir bonifier l’offre de soins dans ces régions et accentuer, de ce fait, ce « facteur égalitaire ». Christian-Marc Lanouette, chargé de projet en télésanté au ministère de la Santé et des Services sociaux a offert aux participants de la JiQ un survol des initiatives liées à la télésanté développées par le gouvernement québécois. Ces projets sont mis en place afin de pallier à trois grands défis provinciaux : les grandes distances qui séparent les populations d’ici, la concentration des services spécialisés dans les grands centres urbains et l’existence de plusieurs régions comme la Basse-Côte-Nord ou le Nunavik qui sont isolées en ce qui a trait aux transports. « C’est pour ça qu’il nous faut la télésanté, pour rendre accessible des soins liés à la santé ou aux services sociaux à distance », explique le conférencier.
 
Au Québec, la première initiative remonte à 1998. Depuis, plusieurs projets ont fait surface, liés, entre autres, à l’utilisation de la visioconférence pour des consultations. « Ainsi, un médecin spécialiste peut voir son patient à distance ». Des appareils peuvent également se joindre à l’écran afin d’élargir les possibilités associées à ce système : stéthoscope électronique, otoscope, caméras HD. « Dans une téléconsultation par visioconférence, une infirmière ou un autre professionnel de la santé doit aussi être sur place pour toucher le patient, pour rapporter ses observations au médecin », poursuit M. Lanouette.
 
Dans les universités québécoises, plusieurs projets rattachés à la télésanté ont également été mis sur pieds. À l’Université Laval, on parle de télépathologie : « Pour qu’il y ait sur place un service de chirurgie, il faut qu’il y ait un suivi de pathologie. Le chirurgien, pour poursuivre ou compléter une opération, doit obtenir le diagnostic d’un pathologiste ». À l’Université de Sherbrooke, c’est plutôt un projet lié à la téléassistance en soin de plaie qui a été lancé, à l’Université de Montréal, une initiative liée aux télésoins à domicile et à l’Université McGill, des télévisites. « Les prochains défis, dans le développement de ces initiatives, ce sera de convaincre les médecins de participer, d’évaluer les projets correctement pour éventuellement pouvoir les déployer à grande échelle et trouver le financement pour étendre ces projets », conclu Marc-Christian Lanouette.
 

Les TI, outils de mobilisation

 
Les nouvelles technologies et les possibilités qu’elles offrent peuvent aussi servir afin d’unir et de regrouper les communautés autour de projets structurants. À ce titre, l’exemple proposé par la JiQ, soit l’intégration d’un programme de données ouverte dans la ville d’Ottawa, fut bien choisi. Après avoir lancé un concours, à l’échelle municipale, appelant les citoyens et citoyennes à proposer des idées d’applications mobiles ou des applications mobiles tout court autour de ces données, c’est plus de 80 applications et plus de 100 idées qui furent reçues. Tout cela fait à partir d’une campagne et d’une initiative développée au coût de 50 000 $.
 
Qu’est-ce que des données ouvertes? « Il s’agit de rendre disponibles les données gouvernementales dans un format électronique qui peut être utilisé par quiconque. Cela doit être fait gratuitement, puisque les données rendues publiques ont été colligées grâce aux taxes payées par les citoyens », indique Guy Michaud, directeur du Service des technologies de l’information à la Ville d’Ottawa. À travers cette initiative, la capitale canadienne vise à pousser vers l’avant le développement économique, à favoriser les collaborations entre gouvernements, à rendre plus transparente leur administration, à réduire les coûts liés aux demandes d’accès à l’information, à soutenir l’innovation et, enfin, à favoriser l’engagement de ses citoyens. « En donnant les données au public, vous allez chercher un segment de la population qui est prêt à faire du bénévolat et qui a des connaissances techniques », lance-t-il.
 
Selon lui, l’ouverture des données risque bien de devenir, au fil des prochaines années, une étape incontournable pour toute administration. « Les données, elles sont là et les gens vont les utiliser. Si vous ne leur donnez pas, alors, ils vont les prendre et, dans ce cas, le niveau de risque est beaucoup plus élevé que si vous les leur offrez! »
 
Bien entendu, lorsqu’on parle des TI comme outils de mobilisation, on peut penser aussi aux médias sociaux et à l’impact qu’ils peuvent avoir dans l’organisation d’évènements ou dans la mise en place de mouvements populaires. À ce titre, pour bien des gens, les révolutions associées au printemps arabe sont liées, implicitement, à Facebook, Twitter ou encore aux blogues. « Certains vont même jusqu’à appeler ces évènements "la révolution Facebook". Est-ce qu’ils peuvent être qualifiés ainsi? Oui, mais… », indique Sophie Langlois, correspondante Afrique pour Radio-Canada.
 
Il faut dire que chaque pays du monde arabe est un cas à part : en Tunisie, les médias sociaux ont joué un rôle déterminant ce qui n’est pas nécessairement le cas pour l’Égypte ou le Yémen. « En Tunisie, oui, Facebook a joué un rôle central dans une mobilisation très large. C’est la colère d’un seul homme qui a fait tache d’huile sur les réseaux sociaux. Et ce sont des blogueurs qui, dès le départ, on fait la course aux manifestations pour montrer la répression violente du mouvement par le régime de Ben Ali, afin de soulever l’indignation internationale. Toutefois, dans ce cas, ce qu’on peut dire, c’est que Facebook n’est pas la source de la révolution, mais un outil utilisé par celle-ci. »
 

Les TI, un outil à saveur ludique

 
Pour Steve Couture, président directeur général de Frima Studios, les TI peuvent aussi être utilisées afin de rendre plus ludique certaines activités ou certains apprentissages. Quel que soit le buzzword utilisé, de « gamification » à « jeux sérieux », il s’agit, selon lui, « d’avoir une approche plus axée sur le divertissement plutôt qu’entreprise, quant aux nouvelles technologies. Comment amener du divertissement? Comment changer les comportements par le plaisir? Dans tout cela, il ne faut pas sous-estimer la volonté des humains à vouloir se divertir ». Le jeu peut ainsi rendre une action ou un produit plus attrayant, hausser la productivité, fidéliser un client, bonifier l’achalandage d’un site Web ou encore augmenter l’acceptabilité sociale d’un système.
 
Il faut dire que le profil du joueur a bien changé depuis les dernières décennies. Sur Facebook, le « joueur typique » est désormais une femme âgée de 43 ans! « Maintenant, tout le monde joue, ce n’est plus juste l’histoire des adolescents. Et, de ce fait, le marché du jeu change rapidement, même si nos perceptions face à celui-ci ne changement pas au même rythme ». Ce qui fait aussi qu’un jeu comme CityVille éclipse un programme comme Tetris en terme de popularité et diffusion. Alors que ce dernier a vendu 70 millions de copies, sur 26 ans d’existence, le dernier-né de la compagnie Zynga est, lui, allé chercher 84,2 millions d’adeptes en un mois. « Le jeu vidéo est devenu culturel. D’ailleurs, Gartner affirme que, d’ici 2015, ce sont 50 % des entreprises qui utiliseront le jeu pour motiver leurs clients et leurs consommateurs », poursuit M. Couture.
 
Selon le directeur de Frimas Studio, la prochaine étape sera un lien plus étroit entre l’univers du jeu et la sphère des technologies de l’information, appuyé par le développement, pour l’un, de structures toujours plus complexes et, pour l’autre, d’une ergonomie de plus en plus ludique.