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Conférence de Jean-François Barsoum au 75e anniversaire de la FSG

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Villes intelligentes et communautés durables

 
Le 15 mars 2012, Jean-François Barsoum, consultant stratégique et chef canadien du groupe-conseil Écologie et innovation pour IBM, était de passage, au pavillon Adrien-Pouliot, dans le cadre du 75e anniversaire de la Faculté des sciences et de génie de l’Université Laval afin de présenter la conférence « Les technologies au service du défi le plus important de notre génération : la transformation de nos villes en communautés réellement durables ». Retour sur une riche présentation.
 
« La tendance, actuellement, est à l’urbanisation. Depuis le 23 mars 2007, la majorité de la population terrestre habite dans des villes. Celles-ci gagnent donc en importance ce qui crée des problèmes grandissant en ce qui concerne la gestion des eaux, les transports ou encore l’énergie. Parallèlement, la ville représente aussi une échelle intéressante pour adresser ces problèmes », remarque Jean-François Barsoum. Pour lui, l’informatique peut jouer un rôle de taille, entre autres, par sa présence soutenue dans les différents pôles majeurs de la réalité des villes.
 
Cette idée, liée au concept de la « ville intelligente », peut, par exemple, avoir un vif impact dans la sphère des transports, puisque, notamment, les coûts d’entretien des routes sont excessivement élevés, représentant entre 1 % et 3 % du PIB des villes. « C’est très important de régler ce problème, car si l’on réussit à réduire la congestion routière de 10 %, des études indiquent qu’on verra une hausse des emplois de 3 % ». Selon M. Barsoum, pour régler ce problème, il s’agit d’en comprendre les tenants et les aboutissants.
 

Repenser les transports

 
Grâce à ses outils informatiques, IBM a pu obtenir des portraits de déplacements des citoyens en temps réel, puis utiliser ces données pour planifier, à long terme, le développement d’une ville. « Une telle approche permet des changements et des ajustements à la planification urbaine en temps réel, plutôt que d’avoir à attendre les évaluations quinquennales », explique-t-il. L’application est utile autant pour la circulation automobile que pour le transport en commun : « Ça nous permet de savoir l’état de l’autobus, c'est-à-dire, où est-il, est-il plein, où sont les prochains véhicules sur ce parcours? On a donc une meilleure idée sur l’utilisation par et pour tous ».
 
Jusqu’à maintenant, l’approche semble fonctionner. De la Chine aux États-Unis, de Singapour à Londres, dans le cadre du transport, diverses solutions développées par IBM et appuyées par des mesures qui, parfois, peuvent sembler drastiques ont été intégrées. « Dans la capitale de l’Angleterre, le problème était lié à la congestion urbaine dans le centre-ville. L’administration municipale a décidé de mettre en place une taxe de 15 $ par jour pour avoir accès, en automobile, à ce secteur. Et ça a fonctionné. Aujourd’hui, le trafic dans le centre-ville de Londres est équivalent à ce qu’il était dans les années 1980! », fait valoir M. Barsoum.
 
Un système similaire avait d’ailleurs été mis en place à Stockholm : il en coûtait trois euros, à l’heure de pointe, pour emprunter les accès routiers du centre de la ville et, en dehors de ces heures charnières, l’accès était gratuit. « L’heure de pointe a disparu du jour au lendemain. Et le projet pilote, qui avait au départ soulevé de vives protestations, a été renouvelé suite à un référendum, les gens ont choisi de garder le péage », indique-t-il.
 

La prochaine étape?

 
Face à ces mesures, une prochaine étape à envisager serait peut-être l’utilisation de la localisation GPS pour suivre les trajets empruntés par les automobilistes, et même établir une tarification selon le type d’artère et selon l’heure à laquelle celle-ci a été empruntée. À l’image d’un projet mis en place en Hollande : « L’idée est de permettre de facturer l’utilisateur selon l’usage qu’il fait des routes. On veut ainsi amener les gens à utiliser le réseau routier à heures disparates et, parallèlement, à utiliser les grandes artères plutôt que de couper par des rues résidentielles ».
 
Selon Jean-François Barsoum, dans un contexte où des énergies alternatives prendront, peu à peu, l’avant-scène, où les revenus liés à la taxe sur l’essence tendront à baisser, il faudra considérer sérieusement ce type d’alternative afin d’assurer l’obtention des budgets nécessaires à l’entretien routier.
 

Visions maritimes

 
Hors des voies terrestres, ces outils peuvent également être intégrés notamment dans la gestion du trafic maritime ou encore de la pollution des eaux : par exemple, dans la baie de Galway, on utilise les technologies afin de suivre en temps réel la santé du phytoplancton alors que dans la rivière Hudson, dans l’état de New York, c’est la toxicité des eaux qui est évaluer de façon immédiate. « On a instrumenté la rivière d’un sous-marin qui va chercher l’information sur le comportement des eaux afin de déterminer comment abaisser la problématique de toxicité de ce cours d’eau ».
 
Les aqueducs pourraient aussi grandement bénéficier de ce type de solutions. Pour M. Barsoum, des modélisations mathématiques telles que celles développées pour Washington ou New York, aux États-Unis, permettraient de sauver sur les coûts de maintenance de ces infrastructures et, par le fait même, aider dans la gestion des tâches d’entretien en maximisant les ressources en place. « À New York, c’est une cartographie des aqueducs qui a été réalisée et un calcul, fait au kilomètre carré lors des grandes tempêtes permet d’évaluer le facteur d’absorption des terrains et des infrastructures, ce qui permet de mieux prévoir les inondations et, par conséquent, d’adapter le système avant que le problème ne survienne ».
 

Et les piétons?

 
Le piéton peut aussi gagner de ces opérations, estime Jean-François Barsoum. Par exemple, à Peterborough, aux États-Unis, un système appelé WalkScore a été mis en place afin de dresser une cartographie de la marchabilité des quartiers. « La ville regardait certains problèmes du point de vue des transports alors qu’il s’agissait plutôt de problèmes de marchabilité qu’on pouvait régler en adaptant le zonage! »
 
Dans tout ça, l’idée est de permettre le partage de l’information. « Il faut permettre à tous les services d’agir en commun : les gens doivent se parler, les systèmes aussi ». Il souligne, à ce titre, que des systèmes de communications entre services d’urgence ont été mis en place à Rome, en Italie, et à Rio de Janeiro, au Brésil, ce qui permet, par exemple, de mieux coordonner l’ensemble des services lors de grands événements.
 
Ces mesures, liées à la ville intelligente, doivent être mises en place d’abord et avant tout pour les citoyens. Le citoyen doit être branché et partie prenante de ces mesures. « Dans une ville intelligente, il y a la convivialité, la mobilité. C’est un centre de contrôle pour favoriser la synergie et, au cœur de tout ça, on a besoin du citoyen branché », observe Jean-François Barsoum.
 
À noter, Jean-François Barsoum sera à nouveau de passage, à l’Université Laval, pour réfléchir sur les développements réalisés par IBM en matière de villes intelligentes lors du colloque « Villes intelligentes, villes durables », premier colloque québécois autour de cette thématique, qui sera présenté par l’ITIS le mercredi 25 avril 2012. Une quinzaine de conférenciers, originaires du Québec, des États-Unis, du Mexique et de la France y seront réunis afin d’explorer ce sujet d’actualité.